Métaphore sociale dramatique, «Avant qu’il ne soit trop tard», de Majdi Lakhdar, est actuellement sur nos écrans. Appréciation critique.


Dans son premier long-métrage «Avant qu’il ne soit trop tard», Majdi Lakhdar file une métaphore sociale dans un huis clos sombre et étouffant.
Le film, coscénarisé par Majdi Lakhdar, Soumaya Jelassi et Mohamed Ali Ben Hamra, se déroule essentiellement dans le sous-sol d’une maison familiale qui menace, d’un instant à l’autre, de s’effondrer. Il s’agit d’un espace exigu et délabré où sont confinés quatre membres d’une même famille qui sont les personnages principaux du film.
Ali, le père (Raouf Ben Amor), qui semble avoir raté sa vie, est un vieux couturier ténébreux qui refuse, justement, de quitter cette «demeure» en péril en raison d’un secret qu’il se garde de révéler aux autres membres de sa famille.
Beya, la mère (Rabia Ben Abdallah), vit dans la peur de voir la maison s’effondrer. Asthmatique, excédée par la précarité des lieux et de son existence, elle ne comprend pas pourquoi son mari refuse de quitter ce sous-sol lugubre, morose et humide. Au bord de la crise de nerfs, Beya ne cesse d’accuser Ali de négligence et de désinvolture envers sa famille malgré le danger qui guette.
Seïf (Majd Mastoura), le fils aîné, entreprenant et agissant, vit de petits boulots et ambitionne d’ouvrir une boutique de réparation d’appareils électroniques.
Hajer (Salma Mahjoubi), la cadette, dont le prénom semble la prédestiner à l’immigration, s’apprête à soutenir son mémoire de fin d’études. A un père loser, qui fuit ses responsabilités et à une mère représentant la femme asphyxiée par le poids d’une société patriarcale, le réalisateur oppose, ainsi, la jeunesse tournée vers l’avenir malgré la précarisation ambiante.
Mais cette famille, qui reste au fond unie, vivra une descente aux enfers quand une partie du plafond du sous-sol s’effondre, entraînant la chute d’un amas de gravats dans un nuage de poussière.
Encore heureux que le danger qui s’accroît, au fil de l’action, entraîne la prise de conscience du père de la nécessité de sauver sa famille quitte à leur révéler le secret qu’il cache depuis des années… Mais tous ne sont pas au bout de leur peine.
Ce drame, qui consacre, en fait, l’unité de lieu (le sous-sol et les galeries souterraines) et de temps (du soir au matin), a été entièrement tourné en caméra subjective afin de convoquer le suspense et une identification plus poussée des spectateurs aux personnages du film.
Un parti pris assumé tant ce procédé utilisé, notamment dans certains films de genre (angoisse, thriller, horreur, espionnage), booste la tension narrative et maintient le suspense. Sauf que dans «Avant qu’il ne soit trop tard», le suspense s’émousse dans la dernière partie du film par une ellipse faisant abstraction, sans doute par manque de moyens, de la manière dont les personnages sont secourus par les sapeurs-pompiers et sortent de la galerie souterraine en voyant enfin le bout du tunnel.

Métaphore claire
Côté enjeu, cet opus use d’une métaphore claire : la demeure sombre, délabrée, qui risque à tout moment de s’écrouler, nous renvoie au pays et à la situation sociale post-révolution où domine la précarité d’une certaine catégorie sociale qui demande secours et appelle à l’aide sans être entendue. Le réalisateur dénonce, également, une société patriarcale en décrépitude et en déchéance où les boniments, voire le charlatanisme, suppléent le travail et l’action. A l’image du personnage d’Ali qui, au lieu de travailler et d’agir pour améliorer sa condition sociale, compte sur un hypothétique trésor et autres chimères pour s’en sortir.
Dans ce long métrage expérimental qui se décline dans la droite ligne de ses précédents courts métrages («Commando», «Grand cœur, petit cœur», «Le dossier»), Majdi Lakhdar utilise plusieurs éléments : la pierre, les gravats, la poussière et le feu, mais de manière parcimonieuse sans creuser avant. Ce qui est dommage tant le sujet du film s’y prête à fond. On reprochera, encore, à cet opus certains tremblements excessifs de la caméra portée et d’avoir négligé, au profit du suspense, de générer davantage de sentiments et d’émotions à travers notamment les personnages et le jeu des comédiens, dans l’ensemble correct mais sans plus, mais aussi le montage et autres… Le réalisateur a préféré se passer de musique qui n’est utilisée qu’au moment du générique quand les principaux protagonistes remontent enfin sur terre à l’air libre dans une sorte de libération et de renouement avec la vie et l’espoir. L’espoir est ici représenté dans un dernier geste en gros plan quand, dans l’ambulance, le père prend la main de son fils Seïf et que ce dernier, qu’on pourrait croire mort, répond en serrant légèrement les doigts du père. Comme quoi l’espoir est toujours permis. Ce long métrage actuellement sur nos écrans est produit par Polimovie International Pictures de Mohamed Ali Ben Hamra.

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