Les études enfoncent le clou. Les pertes causées par le changement climatique dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du tourisme sont énormes. L’inaction climatique se paie cash. En revanche, les efforts d’adaptation et d’atténuation représentent de réelles opportunités  pour un développement durable.

On ne le répètera jamais assez. La Tunisie est particulièrement vulnérable aux phénomènes climatiques extrêmes. Situé au cœur de la Méditerranée, une des régions les plus exposées aux effets négatifs du changement climatique, le pays est dans l’urgence d’intensifier les efforts d’adaptation et d’atténuation. Les répercussions du réchauffement de la planète sur l’économie ne sont plus à démontrer. La ministre de l’Environnement, Leïla Chikhaoui Mehdaoui, a récemment déclaré que “ les répercussions des changements climatiques et leur impact direct sur la sécurité alimentaire et les ressources hydriques, les dispositifs environnementaux et les activités économiques, sociales et de santé publique, prouvent que les défis climatiques représentent, sans le moindre doute, une menace réelle pour la planète, ainsi que pour le développement du pays”.

Une menace mais aussi une opportunité

C’était  lors de la rencontre qui s’est tenue récemment à la Résidence de l’ambassadeur de Grande-Bretagne à La Marsa pour présenter les résultats des études sur l’impact du changement climatique sur l’économie tunisienne, que la ministre a affirmé que “les changements climatiques, malgré leurs impacts et menaces actuels, représentent un défi et une nouvelle opportunité pour un développement plus propre, plus durable et inclusif, permettant de renforcer la résilience de notre pays dans son contexte régional et méditerranéen, connu pour sa vulnérabilité sans cesse croissante”.

Les études, qui  ont été réalisées par les cabinets VIVID et ACC sous l’égide du ministère de l’Environnement avec l’appui de l’ambassade du Royaume-Uni, ont révélé que non seulement l’économie tunisienne devrait se ressentir  fortement de l’inaction face au changement climatique, mais elles démontrent , également, que  la transition vers une économie neutre en carbone dans des  secteurs comme le transport, l’industrie ou les déchets  offre de nouvelles opportunités d’investissement et d’emplois. Pour l’ambassadeur britannique par intérim M. Matthew Forman, “les nouveaux rapports démontrent clairement que le changement climatique est passé d’un problème marginal en Tunisie à une urgence économique”.

En effet, l’étude baptisée “Les impacts économiques du changement climatique en Tunisie : risques et opportunités” révèle que sous l’effet de la hausse des températures, le climat de la Tunisie sera plus chaud et plus sec, avec des modifications au niveau des principales précipitations saisonnières. Le pays sera également exposé à l’élévation du niveau de la mer et à l’augmentation de la salinité et de l’acidification. Cette exposition génère des  risques pour les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du tourisme.

37.000 emplois menacés dans le secteur agricole

Les pertes dans le secteur agricole, qui représente 10% du PIB, sont estimées de  5 à 10% du PIB sectoriel d’ici 2030. Elles résultent des impacts combinés de la dégradation des ressources en eau et des nappes phréatiques, de la baisse des rendements, de la réduction de la superficie des cultures arboricoles et céréalières et de l’augmentation des risques d’incendie. L’étude prévoit que le coût des dommages, causés par la recrudescence  des inondations et des sécheresses,  pourrait atteindre 11,52 millions de dollars par an, uniquement, dans le secteur forestier d’ici  2030. L’emploi, dans l’agriculture, sera fortement affecté avec des pertes qui varient entre 8 250 et 16 500 emplois  pouvant atteindre 37 000 emplois dans le cas d’une sécheresse majeure.

La production d’olives et d’huile d’olive sera particulièrement  affectée en raison de la sécheresse. Les pertes en termes de valeur d’exportation pourraient dépasser  228 millions de dollars par an d’ici 2100.

Pour la filière des  dattes, le volume des exportations baissera de 20 à 26 millions de dinars en 2050 et de 85 millions de dinars en 2100.

Quant à la production céréalière, elle sera sévèrement touchée, avec des réductions estimées de 30 à 50% de la contribution au PIB agricole d’ici 2100 et 30% de pertes d’emplois d’ici 2050. Ces risques mettront  en péril l’autosuffisance alimentaire et augmenteront la dépendance à l’égard des importations.

Les activités de pêche au charbonnier et aux palourdes menacées

Selon l’étude, le secteur de la pêche va, également,  changer de manière spectaculaire et dynamique, notamment avec l’extinction d’espèces existantes et l’augmentation d’espèces non indigènes. L’étude confirme que les espèces non indigènes présenteront à la fois des risques et des opportunités, étant donné qu’une transition adéquate permettra d’augmenter les rendements de la pêche marine. Cependant, les principales espèces de poissons d’élevage seront confrontées à un risque accru de maladies.

D’une manière générale, l’ampleur de l’impact du réchauffement climatique  sur le secteur de la pêche  dépendra de la région. Les pêcheurs qui pratiquent la pêche au charbonnier dans les îles de Kerkennah ou la pêche aux palourdes dans le sud sont particulièrement vulnérables et leurs activités sont menacées.

L’intensification des tempêtes et des vagues de chaleur, l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation des températures sont autant de phénomènes qui auront un impact sur la mortalité des populations de poissons, mais aussi sur la production et la prolifération d’algues toxiques et d’espèces nuisibles envahissantes. Le secteur risque, de ce fait,  de perdre des surfaces importantes de pêche et de collecte. Le verre à moitié plein, les projections indiquent que les ressources halieutiques pourraient connaître une tendance inverse, entraînant une augmentation de la productivité des zones de pêche en mer et une augmentation des ressources de 85 % d’ici 2050 et de 175 % d’ici 2100 (soit entre 80.000 et 150.000 tonnes de produits halieutiques supplémentaires).

Cependant, la perte potentielle d’emplois dans le secteur de la pêche, qui pourrait aller jusqu’à 20% et qui sera accompagnée d’une diminution du revenu des travailleurs de 30 à 50%, demeure le risque le plus inquiétant.

3,6 milliards de dinars de pertes dans le secteur du tourisme

Le secteur touristique, qui représente 14,2% du PIB national, perdra près de 1.000 emplois par an et un capital productif de l’ordre de 3,6 milliards de dinars tunisiens, et ce, en raison, notamment, de l’élévation du niveau de la mer, mais aussi de la chaleur excessive qui rendra les saisons estivales moins attrayantes.

L’étude fait ressortir, en somme, qu’en l’absence d’une action climatique efficace, l’impact économique du réchauffement de la planète sera lourd, mais  peut être atténué et les risques peuvent être transformés en opportunités si les bonnes actions sont prises à temps.

A ce titre, investir dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables permet non seulement de réduire les émissions de GES, mais contribue, à la sécurité énergétique du pays et à la création de milliers d’emplois. Par ailleurs, la pollution de l’air contribue à un grand nombre de maladies, notamment les problèmes respiratoires et cardiovasculaires, voire des cancers. Une grande part de la pollution est causée par le secteur industriel et celui du transport. De ce fait, le déploiement de 130.000 véhicules électriques est une manière de réduire 2,2 MtCO2e des émissions de GES, soit 20% des émissions du pays d’ici 2030 et donc la création d’emplois dans l’installation, l’exploitation et la maintenance des infrastructures de recharge, que l’on estime à 910 emplois/an.

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