Le conflit entre la Russie et l’Ukraine aura forcément des conséquences sur l’économie mondiale et nationale. Les importations seront les plus touchées. La guerre a affolé les marchés des matières premières. Cela signifie que les prix à l’importation du blé et des céréales, entre autres, seront plus élevés. Ainsi, la Tunisie, comme tous les pays de l’Afrique du Nord, risque de voir s’envoler la facture de ses importations en ces produits en provenance de ces deux pays. La Russie tient le haut du pavé en matière d’exportation de blé. L’Ukraine occupe, elle, la quatrième position.


Ce conflit a crucifié les marchés et a fait exploser le prix des matières premières. Les marchés du pétrole, du gaz et du blé ont battu tous les records. La situation est inquiétante et implique, pour reprendre les termes de la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva, un important risque économique pour la région et le monde.

L’envolée des cours des matières premières avec leur impact sur les prix à la consommation ou sur les activités économiques devient de plus en plus contraignante. Il faut noter, toutefois, que le baril de Brent était déjà en hausse depuis la fin du mois de janvier. Certains analystes pensent qu’il pourrait atteindre 120 dollars en cas de réduction des exportations de brut depuis la Russie, et même s’envoler jusqu’à 150 dollars si les sanctions touchent entièrement ses exportations. Le risque de pénurie de gaz ou de pétrole à court terme est évoqué pour l’Europe, et surtout l’Allemagne. Plusieurs produits sont susceptibles de connaître une très forte hausse, dont l’aluminium, le nickel, largement produits en Russie.

Les stocks de cereales couvrent nos besoins  jusqu’en juin 2022

La Tunisie ne pourrait pas se mettre à l’abri de ces perturbations et de leur impact pour longtemps, puisque les stocks actuels de céréales couvriront les besoins du pays jusqu’au mois de juin 2022, selon  le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche. Alors que l’Office des Céréales indique que la Tunisie sera en mesure de faire face aux perturbations de ce marché découlant de ce conflit dans la mer Noire, précisant que les fournisseurs ont déjà remplacé cette région par d’autres pays, comme l’Argentine, l’Uruguay, la Bulgarie et la Roumanie, principalement, pour le blé tendre et la France pour l’orge .

La Tunisie est très dépendante des importations des céréales qui devaient atteindre 3,7 millions de tonnes pour l’année commerciale 2021-2022. Il est à noter que « la Tunisie a cultivé des céréales sur une superficie de 810.000 ha  en 2021. Ainsi, le pays a produit cette année 1,6 million de tonnes de céréales, soit moins de la moitié de ses besoins nationaux ».

Le conflit va impacter la Tunisie dans les prochains jours, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en céréales. Face à la crise économique et financière aiguë que vit le pays, la prochaine période risque d’être difficile, pour les Tunisiens et leur pouvoir d’achat.

La Tunisie n’est pas à l’abri des ondes de choc de la crise

Selon l’expert économique Ezzedine Saïdane, « le pays sera impacté, surtout au niveau des importations des hydrocarbures, des céréales et des matières premières, mais aussi au niveau de l’activité touristique ».  Et d’ajouter que parmi les conséquences directes de cette crise, « la flambée des prix du baril de pétrole. En effet, le budget de 2022 a été élaboré sur la base d’une hypothèse d’un prix de baril de 75 dollars et nous en sommes à 105 dollars actuellement. Chaque dollar de plus coûte à la caisse de compensation et au budget de l’Etat, l’équivalent de 120 millions de dinars, ce qui aurait des conséquences très négatives sur l’approfondissement de la crise des finances publiques. Même les montants prévus, en tant que crédits supplémentaires pour l’année 2022, risquent d’être largement dépassés ».

Saïdane estime, par ailleurs, « qu’une gestion anticipative des crises aurait pu permettre à la Tunisie  d’atténuer ces retombées, mais à défaut, il va falloir mettre en place la stratégie adéquate pour pouvoir gérer cette situation ».

D’après les analystes des marchés des matières premières  de JP Morgan, «l’escalade géopolitique de ces derniers jours a considérablement accru le risque d’aggraver encore les déséquilibres du marché des produits de base. Il se peut qu’on assiste à une période prolongée de tensions géopolitiques élevées et de prime de risque élevée dans toutes les matières premières, compte tenu de l’impact considérable de la Russie sur ces marchés ».

Les prix explosent et les bourses chutent

Les marchés du pétrole, du gaz et du blé ont tous battu des records face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le conflit  annonce d’importantes conséquences économiques en Europe, mais aussi dans tout le monde.

La panique suscitée par l’invasion russe de l’Ukraine se ressent aussi sur les marchés financiers. Les prix des matières premières se sont envolés, alors que les principaux indices boursiers mondiaux ont fortement chuté. La Russie est la plus durement touchée. La Bourse de Moscou s’est effondrée de plus de 30%, et la monnaie russe a atteint sa valeur la plus basse, à 90 roubles pour un dollar. Une situation qui pourrait encore empirer avec les nouvelles sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Mais la panique a concerné toutes les places boursières mondiales, comme Paris, Francfort, Milan et Londres qui ont perdu plus de 3%, une des pires séances depuis mars 2020 et le début de la crise du covid-19. Les prix des matières premières ont flambé, alors que l’inflation touche déjà de nombreux ménages européens. Le baril de pétrole a franchi la barre de 105 dollars, et le marché européen de référence du gaz naturel a bondi de 50%. L’aluminium, le blé et le colza ont aussi battu des records.Les prix des céréales ont atteint des niveaux record en séance sur le marché européen, avec un pic inédit pour le blé à 344 euros la tonne sur Euronext, ont indiqué des analystes à l’AFP. Les cours du blé et du maïs, dont l’Ukraine est le quatrième exportateur mondial, se sont envolés dès l’ouverture, quelques heures après le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Autres actifs touchés en période de risque accru : l’or montait de 2,31 % à 1.953 dollars l’once.

Au-delà des supputations autour d’une guerre continentale, les Etats membres de l’Union européenne s’inquiètent d’une possible rupture de l’approvisionnement en gaz russe suite aux sanctions qui seront appliquées sur la Russie. Le premier impact est déjà perçu, c’est l’augmentation du prix du gaz, commente Francis Perrin, chercheur à l’IRIS et spécialiste des questions énergétiques. Sachant que près de 40 % du gaz naturel et 25 % du pétrole consommés par l’Europe viennent de Russie.

Avec ce conflit, le prix du carburant devrait également continuer à exploser. Les délais de livraison de certains modèles, eux, risquent de continuer à s’allonger à des tarifs qui ne cesseront d’aller crescendo. En termes de prévisions, le prix de l’or noir pourrait monter à 120 ou 150 dollars le baril. Conséquence : la situation pourrait entraîner le prix de l’essence à la pompe à plus de 1,80 USD le litre. Le prix du gaz naturel, en hausse de 300 % depuis un an en Europe, continuera d’exacerber l’inflation énergétique en Europe.

C’est dire que partout dans le monde, les gouvernements annoncent des plans afin de soutenir le pouvoir d’achat des citoyens, en atténuant l’impact des hausses des hydrocarbures et du blé. Ils essaient d’éviter que la crise alimentaire mondiale de 2008 ne se reproduise.

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