L’invité du lundi | Ahmed Ben Youssef (président de l’ASM) : «La formule du play-out, les changements d’entraîneurs et la malchance nous ont lésés»

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Le premier responsable marsois revient sur les causes de la relégation de son club en Ligue 3. Il s’est confié comme il ne l’a jamais fait avec un autre média, parlant avec franchise, mais aussi avec beaucoup d’amertume. Il présente également sa vision sur la stratégie à adopter pour sortir le club du gouffre et redorer son blason.

Commençons par la fin. Quelles sont les causes directes de la relégation en Ligue 3 ?

Il y a au fait plusieurs niveaux d’explication de la relégation de l’équipe en Ligue 3. L’explication directe est le système de tournoi appliqué en play-out qui n’était pas très recommandé pour nous. Il y a eu aussi les conditions exceptionnelles dues au Covid-19 : trois mois de confinement, suivis de deux mois et demi d’entraînements serrés qui se sont déroulés en plus sous pression.

Nous avons raté l’entame du premier match du tournoi disputé contre l’ES Hammam-Sousse, mais nous avons mieux négocié la suite des débats. L’arbitre nous a privés de trois penalties réguliers dont un a été sifflé avant d’être annulé. Trois penalties dans un seul match, ce n’est pas peu. C’étaient des penalties on ne peut plus clair et cela a été démontré le soir-même à la télévision.

Nous avons été affectés moralement suite à ce premier match, car nous avons été lésés par l’arbitrage. Nous étions très mauvais au deuxième match. A la troisième rencontre, nous avons dominé les débats, mais ce fut une domination stérile. Il est vrai qu’un penalty aurait pu être sifflé à la fin de la partie.

Un tournoi constitué de trois matches barrages, ce n’était pas votre premier choix…

Quand la FTF nous a soumis la consultation, nous avons demandé à ce que le championnat de Ligue 2 aille à son terme comme c’était le cas pour la Ligue 1. Il nous restait 7 matches à jouer dont 4 à domicile contre des concurrents directs. C’est dire que nous avions des chances intactes pour assurer notre maintien en Ligue 2. De plus, quand la consultation a été lancée, il fallait prendre compte les avis des clubs concernés par la relégation dans les deux groupes qui sont au nombre de huit et non pas ceux au milieu du tableau, classés du troisième au neuvième. N’étant pas menacés par la relégation, ces 12 clubs de milieu du tableau les arrangeaient de terminer la saison avant-terme, car cela leur permettait de faire des économies sur les salaires des joueurs.

Il y a eu de bons signes durant la préparation après le confinement, mais finalement, vous avez craqué…

Durant la préparation qui a suivi le confinement, le groupe a donné des signes encourageants. Un nouveau rythme s’est installé aux entraînements et aux matches amicaux lors desquels l’équipe a sorti de bonnes prestations. A titre d’exemple, nous avons marqué trois buts contre l’US Ben Guerdane. Nous avons fait match nul contre l’équipe nationale junior, un but partout. Mais deux joueurs se sont blessés. Avant le premier match barrage, un joueur-clef du dispositif offensif, Helmi Thwabtia, qui était en superbe forme et qui évolue comme attaquant et régisseur, a été victime d’un claquage.

Au cours du tournoi, deux autres joueurs se sont blessés, Zagrallou et Bilel Ben Messaoud. Bref, autant de facteurs qui ont joué contre nous.

Avec du recul, quelles sont les causes les plus profondes qui ont contribué à la chute de l’ASM ?

Si on fait une analyse plus profonde, je remonterai aux trois dernières saisons que nous avons passées en Ligue 2. La première rupture est lorsque nous étions relégués en Ligue 2. Nous nous sommes précipités à vouloir remonter à tout prix en une saison sans établir une stratégie sportive sur le moyen et le long terme. Il fallait d’abord se pencher sur les causes de la relégation pour pouvoir établir une stratégie d’accession. En lieu et place, nous étions obstinés par l’idée de remonter en Ligue 1 «maintenant et tout de suite», chose qui nous a emmenés à mettre en place des moyens rapides pour assurer l’accession en une saison. D’où la première rupture dont je parle qui consiste à délaisser la formation, une tradition de notre club.

Outre le recrutement en masse, ne pensez-vous pas que l’instabilité technique ces dernières saisons y était pour quelque chose ?

Oui, je le confesse. D’ores et déjà, changer un entraîneur est un signal très grave. On m’a dit que lors des deux saisons précédentes en Ligue 2, des entraîneurs ont été limogés par décision sur fond d’humeur personnelle et non sur la base de leurs résultats. 

Cette saison, ce qui n’a pas été bien, c’est que l’entraîneur qui a fait la préparation d’intersaison, Maher Guizani, a décidé de partir au bout de la 4e journée parce qu’il a subi beaucoup de pression. Il a fait face à un envahissement du terrain durant les entraînements et a été pris pour cible. Il n’a pas supporté cela et a fini par jeter l’éponge.

Le deuxième entraîneur recruté, à savoir Samir Sellimi, a été engagé pour un an et demi. L’objectif était d’assurer l’accession au terme de cette saison et si nous n’arrivions pas, l’objectif sera reporté pour le prochain exercice. Nous avons fait de bons recrutements lors du mercato hivernal. Samir Sellimi a commencé à mettre en place sa stratégie de travail mais, encore une fois, lorsque les résultats ne sont pas allés, nous avons assisté aux mêmes scènes désolantes : envahissement du terrain par une frange de supporters qui a pris pour cible l’entraîneur. Samir Sellimi a préféré plier bagage et partir… De plus, il m’a dit qu’il n’a plus confiance dans son groupe de joueurs alors qu’un mois auparavant il me disait que le groupe est perfectible.

Comment expliquer le changement d’avis de l’entraîneur ?

Sincèrement, je n’arrive pas à l’expliquer. Je ne comprends pas. Nous avons renforcé l’effectif quand même par Kéthiri, Chaouachi, Slim Mahjebi et le retour de Bilel Ben Messaoud. Nous avons gardé Thouabtia et Boulaâbi qui étaient les recrutements de Guizani.

Il n’y a pas eu de mauvais casting de joueurs à votre avis ?

Les joueurs qui se sont avérés en fin de compte «un mauvais casting» ont vu leurs contrats résiliés.

Nous n’avons pas su nous montrer patients avec Dalhoumi, à titre d’exemple, ou le jeune Firas Mejri parti l’US Tataouine. Un autre jeune recruté du temps de Guizani, à savoir Zagrallou, a continué à jouer avec nous jusqu’à la fin de la saison. Pour moi, il n’y a pas eu un mauvais casting, mais plutôt des erreurs d’appréciation. 

Maher Guizani, je ne le connaissais pas personnellement. Je l’ai recruté parce qu’il faisait l’unanimité et a fait accéder le CS Chebba et le CSHL en Ligue 1.

Avez-vous donné carte blanche à Maher Guizani ?

Je n’ai jamais donné de carte blanche ni à Maher Guizani ni à un aucun autre entraîneur. Il y a eu une revue d’effectif poste par poste. Nous avions le cas du gardien de but Chaâbane. Fallait-il qu’il reste ou qu’il parte ? Nous avons décidé ensemble pour qu’il reste.

L’arrière droit Nawali a été remplacé par Helmi Ballagha qu’il nous a proposé mais nous n’avons signé le contrat qu’après le stage de Aïn Draham et, ce, après avoir eu la certitude que le joueur est bon.

Je tiens à signaler que Maher Guizani a fait une bonne préparation d’intersaison durant laquelle l’équipe a sorti de grands matches amicaux.

Il y avait une petite commission de football composée de moi-même en tant que président, Dr Adel Soukni 1er vice-président, Fawzi Oueslati président de la section football et Hassine Ben Hassine qui était proche de l’équipe.

Et même Taoufik Ben Ncib était d’accord pour le recrutement de Maher Guizani. Pour être franc, Guizani n’a pas eu carte blanche. Il y avait eu un casting ciblé de joueurs selon les besoins de l’équipe et nous n’étions pas tout le temps d’accord sur ses choix de joueurs.

Qu’est-ce qui n’a pas marché si les choix de l’entraîneur et des joueurs n’étaient pas ratés selon vous ?

Pour être franc, nous avons fait ce qu’il fallait en termes de choix d’entraîneur à l’intersaison et les recrutements à faire. Tout simplement, les résultats n’ont pas suivi à cause des blessures des joueurs en premier lieu, survenues au début de la saison. Lorsque nous avons entamé la compétition, il y avait 6 ou 7 joueurs qui se sont blessés. Quand nous avons exposé le problème à Maher Guizani, notamment le travail du préparateur physique, il a préféré partir avec son staff. C’était l’autre cause de son départ.

Quel nouveau modèle pour reprendre l’équipe ?

Il faut clarifier une chose : il n’y a pas eu un échec de tout le club.  C’est seulement l’équipe première de football qui a échoué et pas toute la section football puisque les catégories jeunes ont fait du bon travail. La natation et le tennis se portent à merveille alors que l’équipe de volley-ball se défend. Pour la période à venir, un comité indépendant du bureau direct sera créé et regroupera des enfants du club, spécialistes du football, pour établir la stratégie à adopter en ce qui concerne l’équipe senior. Une assemblée évaluative sera tenue et décidera si des élections anticipées seront tenues ou pas. Si le bureau directeur actuel vote la démission, Dr Adel Soukni et moi-même ne sommes pas contre l’idée de partir et laisser une nouvelle génération prendre les commandes, sachant que la génération qui a dirigé le club cette décennie, depuis Hammouda Louzir en 2011, passant par Maher Ben Aissa, Taoufik Ben Ncib et enfin moi-même, a appris les règles de gestion de la génération précédente et n’a pas déraillé des fondamentaux du club comme le veulent laisser entendre certaines personnes. Il faut que tout le monde assume ses responsabilités.

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