Le PDL pointe une subjectivité dans le traitement médiatique : Il faut tenir les médias à l’écart des tiraillements politiques

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Entre le Parti destourien libre et les médias, c’est la tension à tous les niveaux. Boycotté depuis deux mois par les journalistes, sur décision du Snjt, ce parti crie à l’exclusion politique et médiatique. C’est dans ce contexte que le parti avait présenté à l’ARP un rapport  intitulé «Quelle démocratie avec une scène médiatique qui étouffe la voix de l’opposition ?», pour dénoncer ce qu’il appelle « une flagrante subjectivité au niveau du rendement de certains médias ».

Depuis la révolution et jusqu’à nos jours, les médias et les journalistes ont toujours été mêlés aux affaires et aux tiraillements politiques. Voulant préserver le seul acquis de la révolution, la liberté d’expression, les médias et les journalistes sont aujourd’hui au cœur de ces conflits politiques et de cette guerre de tous contre tous.

Encore faut-il rappeler que dans cette période de transition démocratique, les médias et notamment les journalistes doivent jouer leur rôle en tant que gardiens de ce modèle démocratique, sauf que leur mission n’est pas aisée. Après les élections de 2019 et avec l’ascension de certains courants politiques populistes et extrémistes, ils se sont trouvés exposés davantage à ces situations de polarisation politique et à la précarité. D’ailleurs, le Syndicat national de journalistes tunisiens a été obligé à maintes reprises de décider de boycotter certains partis politiques qu’il juge hostiles à la presse et à la liberté d’expression.

Entre le Parti destourien libre et les médias, actuellement c’est la tension à tous les niveaux. Boycotté depuis deux mois par les journalistes, sur décision du syndicat, ce parti crie à l’exclusion politique et médiatique. C’est dans ce contexte que le parti avait présenté au siège de l’Assemblée des représentants du peuple un rapport  intitulé «Quelle démocratie avec une scène médiatique qui étouffe la voix de l’opposition ?», pour dénoncer ce qu’il appelle une flagrante subjectivité au niveau du rendement de certains médias.

Au fait, le parti pointe un engouement de la part des «islamistes» sur la scène médiatique, «ce qui met en péril le droit des citoyens à une information équilibrée». Le PDL met en garde contre une intention de contrôler le secteur médiatique au profit des intérêts du mouvement Ennahdha et ceux de la coalition au pouvoir. Voulant alerter l’opinion publique et visant à protéger le droit des citoyens à l’information, le parti annonce avoir envoyé son rapport à la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle.

Le boycott médiatique, quelle utilité ?

Le 19 mars dernier, le Snjt avait appelé tous ses adhérents au boycott de la présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi. Ainsi, le Snjt a appelé ses membres à boycotter les activités de la présidente du parti destourien libre «jusqu’à ce qu’elle présente ses excuses » aux journalistes, sur fond d’un incident avec le journaliste  d’al-Chourouk, Sarhane Chikhaoui.

Depuis, plusieurs médias ont privé Abir Moussi de parole, une décision qui fait fi de la liberté d’expression et du droit des citoyens à l’information. D’ailleurs, le président du Snjt, Mohamed Yassine Jelassi, avait expliqué à notre journal que cette décision visait un effet de choc. «La décision de boycotter un acteur politique intervient comme un dernier recours, c’est une décision très difficile, mais face aux menaces, aux campagnes de dénigrement méthodique, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Notre devoir est de protéger les journalistes, les médias et tout l’espace médiatique face à l’émergence d’une vague fasciste qui menace les libertés. En effet, nous observons des pratiques fascistes et d’exclusion contre les journalistes menées notamment par la Coalition Al-Karama et le Parti destourien libre. Pour eux, celui qui n’est pas avec moi est contre moi», a-t-il expliqué.

Le boycott médiatique consiste à priver certains partis ou personnages politiques de prise de parole dans les médias. Le Snjt avait décidé de boycotter la Coalition Al-Karama pour discours jugé hostile aux libertés et aux journalistes. Sauf que pour certains observateurs de la scène nationale, cette pratique fait fi du droit des citoyens à l’information.

Il faut rappeler dans ce contexte que La Presse avait interviewé récemment la présidente du PDL Abir Moussi, une interview d’une page, à travers laquelle elle a entre autres clarifié la question de l’accaparement de la parole au sein de son parti. Pour elle, «le leader s’exprime au nom du parti, moi-même en l’occurrence. Le temps restant est dispatché à égalité entre les députés qui souhaitent intervenir. Sinon, en temps normal, les élus du bloc prennent la parole dans la limite du temps imparti».

 

Photo : Abdelfettah BELAÏD

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