Politique | Faut-il, en tout temps et en tout lieu, une intervention présidentielle pour faire bouger les lignes ?

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La dernière visite inopinée du Président de la République à la piscine du Belvédère ou ce qui en reste a relancé la polémique autour du rendement des responsables locaux. Si, à chaque fois, c’est au Chef de l’Etat d’intervenir pour débloquer la situation, la prise d’initiative doit aussi émaner des décideurs dans les différents secteurs, à commencer par les communes.

Le Chef de l’Etat est déployé, depuis les événements du 25 juillet sur tous les fronts. Etablissements publics, grands projets, quartiers populaires, banques, entreprises médiatiques et autres, Kaïs Saïed ne ménage aucun effort pour débloquer des situations et leur trouver les solutions parfois immédiates. Ces manœuvres émanent certes d’une volonté de traquer les corrompus et dévoiler à l’opinion l’énormité de la corruption, mais elles laissent voir, d’un autre côté, surtout l’incapacité ou l’inaction des responsables locaux et régionaux, et les décideurs des entreprises publiques à agir.

Pourtant, le Président lui-même avait appelé tous les responsables à se mobiliser, à prendre des initiatives sans attendre les instructions de quiconque. En décembre dernier, le Chef de l’État a insisté, en effet, sur la nécessité pour les responsables locaux et régionaux, d’assumer leurs responsabilités «dans les meilleures conditions et dans des délais courts».

Saïed a ajouté que ces responsables, quel que soit leur rang, «ne doivent pas attendre les instructions de l’autorité centrale et dans bien des cas de la présidence de la République pour assurer tel ou tel service». De même, dans ses différentes autres apparitions médiatiques, le Chef de l’Etat n’a pas cessé d’interpeller les autorités locales et régionales pour assumer leurs responsabilités, d’être à l’écoute des citoyens et de répondre à leurs préoccupations, ajoutant que chaque responsable se doit de donner l’exemple en matière de droiture, de rigueur et d’intégrité.

Mais depuis quelques mois, l’image semble se reproduire.

C’est le Président de la République qui doit à chaque fois débloquer les situations allant d’un petit dossier au sein d’une société publique à un grand projet d’investissement ou de service public. Récemment, il aura fallu l’intervention du locataire de Carthage pour sauver la piscine du Belvédère longtemps jetée aux oubliettes. En effet, quelques heures après la visite du Président de la République, les travaux de rénovation ont été lancés. La municipalité de Tunis, entraînée par la dynamique, s’est engagée à rénover la place Pasteur à la vitesse de l’éclair.

Ce n’est pas la première fois que les responsables locaux décident de se mettre en branle, juste après l’intervention du Président de la République. Cela a été le cas lors de ses visites dans de nombreux établissements publics et installations sportives dont les travaux de restauration traînaient depuis des années.

Les responsables locaux appelés à plus de dynamisme

Le dynamisme des décideurs locaux et régionaux et la prise de décision et d’initiative représentent des aspects constitutifs de la gouvernance locale et du développement des régions en Tunisie. Du fait que les  responsables locaux ont une connaissance plus précise des besoins spécifiques de leurs  communautés.

En décentralisant les décisions, on favorise une approche plus adaptée et flexible pour résoudre les problèmes locaux, d’autant que le Chef de l’Etat ne peut être présent partout et toujours. C’est l’idée que défend le député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) Ahmed Saidani. Selon lui, le Chef de l’Etat n’a pas à intervenir lui-même à chaque fois pour débloquer les situations, même s’il jouit de la confiance des Tunisiens. «Il n’est pas normal que le président intervienne même dans les cas les plus simples. Cela montre une certaine appréhension des décideurs et responsables locaux à prendre des décisions», estime-t-il. Et d’ajouter qu’au niveau de la lutte contre la corruption, le Parlement est appelé à appuyer les efforts du Président, en multipliant les initiatives parlementaires. «Le Parlement n’est pas isolé de la scène politique, sociale et économique, il doit s’inscrire dans ces efforts nationaux visant, notamment, à lutter contre la corruption et à booster le développement, en proposant des projets de loi utiles qui rompent avec les volontés  des cartels et les lobbys», a-t-il expliqué à La Presse.

L’Ugtt veut plus d’implication

Du côté de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), l’on considère que les efforts du Président de la République en matière de lutte contre la corruption et d’appui aux projets à caractère social sont louables. Mais la centrale syndicale réclame plus d’implication et donc la mise en place d’une approche plus inclusive.

En effet, un membre du bureau exécutif de la centrale syndicale nous explique que l’Union est favorable à la mise en œuvre d’une approche participative pour trouver des solutions efficaces aux différents problèmes, notamment par le biais des négociations sociales. «Le Président de la République ne peut tout résoudre tout seul. Les défis sont énormes et il doit s’ouvrir aux  différentes forces nationales pour trouver des réponses adéquates aux différentes attentes des Tunisiens», a-t-il analysé à La Presse.

Dans le même ordre d’idées, Hichem Ajbouni, dirigeant au sein du Courant démocratique, estime que «le Chef de l’État a pour rôle de mettre en place les grands axes, de définir  les stratégies nationales, les visions, les grandes orientations et de motiver tous les Tunisiens et les Tunisiennes à s’engager dans un projet national capable de sortir le pays de sa crise».  S’exprimant sur les réseaux sociaux, l’élu a estimé que le Président de la République n’est pas appelé à trouver des solutions à tous les problèmes, «même pour un prêt bancaire octroyé illégalement ou une voiture administrative exploitée sans autorisation». Ajbouni  appelle à une action collective pour traiter les grands problèmes et trouver une issue à la crise que connaît le pays.

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