«Ground Zero», 22 films tournés à Gaza projetés à Cannes : Des moments poignants et touchants

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Projeté à deux reprises à Cannes, au marché du film, puis sous une tente en bordure de la plage, «Ground Zero», le projet initié et supervisé par le cinéaste palestinien Rashid Masharaoui, a offert l’opportunité à de jeunes réalisateurs gazaouis de réaliser, pour certains, leur premier film, mais avec cette tragique particularité de raconter leurs histoires, sentiments et émotions durant la guerre et sous les bombes destructrices de l’armée israélienne.

Cette action louable est nécessaire pour apporter des témoignages de l’intérieur, elle est à saluer tant elle servira à laisser une trace et à sauvegarder la mémoire afin que le monde et les générations futures sachent et prennent conscience, grâce au cinéma et aux images tournées sur le terrain, pendant la durée de la guerre, de manière quasi instantanée, ce qu’ont subi les civils isolés et innocents de Gaza. Femmes , hommes et enfants ont vécu l’enfer sous le feu des bombes, depuis le 7 octobre 2023, et ce, durant jusqu’ici, huit mois.

La deuxième projection des 22 courts métrages s’étant déroulée sous une tente n’a certes pas réuni toutes les conditions appropriées, mais qu’à cela ne tienne tant tous ces témoignages et toutes ces images remuent les esprits et brisent les cœurs.

Peu importe les moyens techniques, l’important est que, dans l’ensemble, ces films de 2 à 7 minutes présentent, fond et forme, la qualité requise pour être montrés au monde entier.

Car, comment ne pas être ébranlé face à tant de situations tragiques où les images montrent clairement la violence et la barbarie de l’armée de l’entité sioniste. Pratiquement la majorité de ces films ont pour décor des paysages en ruine, comme dans un décor de cinéma. Or, on le sait il ne s’agit nullement de cela mais hélas d’une situation bien réelle, ces maisons, bâtiments, tours, établissements scolaires et universitaires, espaces culturels, hôpitaux, etc. ont été bel et bien sauvagement detruits et ces corps ensevelis extirpés, morts ou vivants, de sous les décombres, sont bien réels.

Le cinéma du réel

C’est, donc, sous cet angle que les films de «Ground Zero» s’apparentent au cinéma du réel. Comme dans «24 heures» de Ala Damo, par exemple, la caméra filme un groupe d’hommes se démenant pour extraire de sous les gravats d’un bâtiment un jeune homme qui vivra encore trois fois cette épreuve en seulement 24 heures.

En quête de sécurité, d’un endroit à l’autre, il se retrouvera à chaque fois enseveli sous la pierre. Et pas besoin de grands mots, la désolation et la souffrance s’affichaient clairement sur son visage.

Dans «Out of frame» de Nida Abu Hasna, l’écran reflète le visage affligé de Raneem Al Zarei, artiste plasticienne, de retour dans son atelier, totalement détruit par les bombardements, elle tente, dans un acte de résilience, de récupérer certaines de ses œuvres, elle raconte et en joignant le geste à la parole, elle exhume une sculpture représentant une colombe, un symbole de paix que l’artiste appelait, manifestement avant la guerre, de ses vœux.

Mais, quand en face, l’occupant bombarde la bande de Gaza, jour et nuit, quand il détruit l’art et qu’il massacre des intellectuels et des artistes veut-il réellement instaurer la paix ? La réponse tombe sous le sens.

Autre sentiment exprimé dans ces opus : la douleur de la séparation tels dans «No Signal» de Mhamed Shérif où une enfant, Nour, sauvée des décombres, est à la recherche de son père.

«No Signal» de Mhamed Sharif, Nour à la recherche de son père
qui ne répond pas au téléphone.

«A School day» de Ahmed el Danaf se focalise sur un adolescent, censé étudier à l’école mais qui passe ses journées au cimetière où son maître, tué par les bombes, est enterré. «Soft Skin», film d’animation de Khamis Masharaoui, se focalise sur un groupe d’enfants, crée des personnages pour raconter l’inimaginable, notamment quand il s’agit d’enfance, mais qui est devenu possible en raison de la violence et de la barbarie du colonisateur. Ainsi, une mère se trouve obligée d’écrire les prénoms et noms de son fils et de sa fille pour qu’ils puissent être identifiés s’ils venaient à mourir sous les bombes.

Comment un enfant peut-il vivre, jouer, dormir, espérer, rêver de l’avenir dans de pareilles circonstances en sachant qu’il peut à tout moment perdre la vie? Justement l’adolescente répond à cet interrogation posée par le film.

Cet opus émouvant est l’un des plus réussis de l’ensemble tant il assène une claque à la face des nations inertes et silencieuses devant tant de barbarie et d’ignominies.

Il interroge le monde sur son humanité perdue, un monde, à nos yeux, déshumanisé quand l’enfance est traitée de cette manière si ignoble car susceptible d’être tuée à chaque instant. Enfin quand dans «Taxi Wanissa» la réalisatrice ne peut terminer son film après la mort de son frère.

Mais qui ne connaît pas le peuple palestinien ne pourra jamais s’imaginer que, malgré cet enfer, des morts par milliers, des destructions massives et toutes ces souffrances, ne peut imaginer que ces enfants, ces femmes et ces hommes frappés par tant d’épreuves et de malheurs sont pétris d’espoir et aspirent, malgré tout ce qu’ils ont enduré, au bonheur, à l’amour et à la paix.

Et c’est nettement filmé dans «No» de Hasna Awad où le désir ardent d’espoir et du retour des jours heureux s’exprime nettement par la musique et la chanson interprétées par le groupe Sol Band.

Dans «Ground Zero», le cinéma agit comme un miroir, fait œuvre de mémoire et de résilience mais véhicule, aussi, l’espoir et un désir de bonheur et de paix. Voilà qui mérite d’être montré dans le monde entier afin d’ébranler les consciences, de faire pression pour que cesse la guerre et d’agir pour la paix.

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