Si nous tentons d’établir la liste des « clubs formateurs », nous évoquons la J.S. Kairouan, l’US Monastir, l’AS Marsa, l’O. de Béja, la JS Jendouba entre autres, mais nous oublions le COTransports, la JS Omrane, l’AS Ariana, l’AS Mégrine et bien d’autres encore. Les premiers sont cités parce qu’ils continuent à survivre en dépit des mille et un problèmes qu’ils endurent. Les seconds ont presque disparu des écrans en raison de leur asphyxie, de leur mort lente qui les a obligés à décrocher en dépit du milieu ambiant qui aurait dû les favoriser, pour se maintenir comme des pourvoyeurs de talents et même d’être des clubs de grande importance.
Ce qui leur a manqué ? C’est bien entendu les moyens humains et financiers pour soutenir le rythme d’une concurrence parfois déloyale. Une concurrence qui ne pardonne pas à ceux qui sont dans l’obligation de faire la manche dans un sport sans pitié pour ceux qui ne possèdent pas de soutiens financiers, de ressources propres et surtout des appuis à même de leur fournir les moyens de s’émanciper et de se prendre en charge.

Rien que pour survivre
L’avènement du « professionnalisme » (tel qu’il est conçu chez nous du moins) a fini par les mettre à genoux.
Ceux qui tiennent le coup sont dans l’obligation de « vendre » leurs meilleurs éléments pour pouvoir survivre et continuer tant bien que mal leur chemin de croix, qui se renouvelle et qui parfois les oblige à repasser l’examen de la rétrogradation et du retour parmi l’élite.
Imaginez ce qu’auraient été des compétitions avec ces équipes en possession de tous leurs moyens ! En fin ce compte où est le problème ?
Il est tout simplement dans l’incapacité prouvée dans laquelle se trouvent certains clubs à faire face aux obligations d’un club professionnel.
Pour suivre le rythme, les dirigeants se retrouvent dans l’obligation de rogner, à chaque « mercato », sur ce qui devrait être la part revenant aux jeunes, à la formation et, bien entendu, cela se répercute sur la valeur de la formation.

Le monde a changé
Cette formation n’est plus ce qu’elle était il y a vingt ans par exemple.
Les installations sont suremployés, des terrains et des équipements insuffisants pour l’apprentissage et l’encadrement pédagogique, des moyens financiers approximatifs, etc. Tout cela ne favorise nullement un travail qui exige bien d’autres méthodes, systèmes et logistiques.
Ces clubs ont beaucoup de mérite, mais se trouvent en fin de compte menacés dans leur existence.
Pourtant, il est prouvé, de par le monde, que la formation est devenue par la force des choses l’objectif numéro 1 aussi bien pour les clubs huppés que pour ceux qui le sont moins.
La formation est devenue un atout pour les clubs, même pour les équipes les plus riches de la planète surtout à l’heure du fair-play financier.
Dans un récent rapport d’information portant sur le fair-play financier, rigoureusement appliqué en Europe, il a été affirmé l’importance de la formation des jeunes sportifs et de la mise en œuvre effective du «double projet» footballistique et scolaire.

Face à l’inflation des salaires
D’un point de vue purement économique, et face à l’inflation des salaires constatée au sein des clubs professionnels de football, donner leur chance aux jeunes talents est désormais un choix stratégique. Pour les meilleures équipes du monde, la formation a lieu aussi bien chez eux, dans leurs pays qu’à l’étranger en assurant leur assistance aux centres de formation dans des pays africains, asiatiques et sud-américains. A titre d’information, Al Ahly d’Egypte a ouvert plusieurs centres de formation en Afrique subsaharienne.
C’est ainsi qu’en France, avec plus de 2 000 jeunes sous convention, le football demeure le sport professionnel où le recours à la formation est le plus important. Cette mission est assurée par les centres agréés en lien direct avec les clubs qui accueillent dans leurs structures des adolescents de 13 à 18 ans. Ils assurent ainsi la détection des vedettes de demain et leur formation dans des structures de pointe en échange de la cession, à terme, de leurs meilleurs éléments sur le marché des joueurs.

Des acteurs incontournables
Les centres de formation aux métiers du football apparaissent aujourd’hui comme des acteurs incontournables du renouvellement de l’élite à moindres frais, et, pour les jeunes amateurs, le passage quasi obligé pour évoluer au plus haut niveau.
L’observation des meilleurs championnats européens montre que la France est une importante pourvoyeuse de talents footballistiques : les joueurs français constituent le deuxième contingent étranger dans les cinq principaux championnats européens derrière les Brésiliens. Qu’en est-il chez nous ? Il est communément reconnu que les clubs axent leurs efforts beaucoup plus sur le résultat final, et pas assez sur les besoins qu’implique la formation des jeunes.
On vise la performance sur le court terme alors que l’on devrait viser le développement sur le long terme !

Apprendre à s’entraîner
Le futur joueur est, en plus de sa formation, tenu à apprendre à s’entraîner. Il comprend pourquoi il est tenu de développer son endurance, sait ce que c’est qu’un échauffement, les étirements, la récupération, la nutrition, la relaxation, la concentration.
Il sait que s’il s’arrête quelques semaines, les pertes seront importantes (on régresse rapidement) et il faudra plusieurs mois pour retrouver son niveau…Bien des joueurs, chez nous désertent les entraînements en cas de litige avec leur club et tout est à refaire à leur retour.
En fin de compte, si les nations les plus avancées et les plus riches ont privilégié la formation pour faire des économies et s’adjuger les meilleurs aux moindres frais, qu’en est-il d’un football comme le nôtre qui vit de dettes et de déficits dans un pays économiquement en difficulté? Cet aspect de la question est stratégique pour le football tunisien appelé à mettre en place une stratégie pour se développer dans les meilleures conditions.
La DTN de la FTF doit avoir les coudées franches pour développer ses idées et ses programmes. Les meilleurs techniciens devraient être recrutés et non pas ceux qui affichent allégeance et soumission.
Les clubs doivent comprendre que leur salut n’est nullement dans les « mercatos » mais bien dans leurs centres de formation. Que serait devenu le Club Africain qui ploie sous le joug des dettes laissées par des dirigeants inconscients, s’il ne disposait pas de jeunes en mesure d’assurer la suite de la saison ?
Que seraient devenus, l’Espérance, le CS Sfaxien, l’ESSahel sans leurs jeunes alors qu’ils sont au bord de l’asphyxie sous la pression des compétitions qui se succèdent ?

Des formateurs et des traditions
C’est sans doute la meilleure preuve de la préciosité de ces centres de formation. Nous possédons de très bons formateurs, des traditions et, bien entendu, des jeunes qui ne demandent qu’à devenir aussi performants que ceux qu’ils admirent.
La mise en place d’un véritable programme de formation vaut mieux et de loin que ces opérations « artifice » qui peuvent attendre. Les subventions ne devraient être accordées que pour les centres de formations agréés.
Ni l’hôtel, ni la salle de musculation, ni le centre médical (on aurait mieux fait de renforcer ce qui existe à quelques dizaines de mètres du siège de la FTF), ne constituent pas des urgences alors que notre football professionnel est mal conçu, que la formation est presque nulle et que les clubs se débattent dans des problèmes sans fin.
L’avenir est donc dans la formation et non dans des opérations de prestige qui…, à la rigueur, pourraient attendre.
La FTF doit inciter les clubs et se convaincre elle-même que le seul moyen de pouvoir tenir tête à des nations mieux nanties et bénéficiant d’une population plus importante, de grands moyens financiers, réside en la mise en place d’un modèle de formation performant.

 

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