«Quand je peins, je me libère. Le Moi devient un étranger, je déploie mes ailes et je m’envole…», écrit l’artiste plasticien Malek Saâdallah. Quand il peint, c’est aussi pour raconter la métamorphose de l’homme qui se mue progressivement et s’éloigne de sa condition d’homme par trop limitative… Raconter les aberrations d’une société mais sans sombrer pour autant dans le désespoir et le pathos. Cynique, il ne l’est pas, bien au contraire, ses œuvres sont le fruit d’un long processus de libération intérieure dans lequel il a su apaiser ses angoisses. Son œuvre se distingue par son abondance graphique. Une veine quasi automatique pour donner corps à des créatures hybrides, des chimères évoluant dans un agglomérat de couleurs et de formes.
Né en 1983, il est diplômé en infographie; en parallèle, il a aussi suivi des cours d’art plastique au Centre Dante Alighieri, au CAV Radès et au CN de céramique Sidi Kacem Jellizi. Il a participé à plusieurs expositions collectives en Tunisie et en France. Il a également exposé individuellement à la galerie «Bel Art», à l’espace El Teatro-Aire Libre, à la Maison des arts du Belvédère et en février dernier à Istanbul en Turquie où il a présenté son exposition «Spectrolum» qu’il a reprise en exposant de nouvelles œuvres (du 19 mars au 8 avril 2019) à El Teatro Aire-Libre. La pratique est sa religion, à laquelle il consacre beaucoup de son temps. Il nous en parle.

Comment l’aventure a-t-elle commencé ?
J’ai toujours gribouillé étant enfant, je passais beaucoup de temps à dessiner. Etre artiste peintre est un rêve d’enfant. La première fois que j’ai exposé, c’était à l’âge de 16 ans. Ma famille s’est installée à Tozeur et il n’y avait pas beaucoup de sources de distraction, je passais alors mon temps à peindre. J’ai eu, alors, l’occasion d’exposer une petite installation avec des toiles noires intitulée «Charme noir» qui avait à l’époque intrigué les visiteurs (rire). Par la suite, j’ai développé tout cela au lycée pour commencer et, après, à coups de formations et d’ateliers. Ma première exposition dans un cadre professionnel s’est faite en 2012 à l’espace «Bel art» grâce à Donia Bouattour qui a cru en moi. Par la suite, j’ai rencontré Mahmoud Chelbi qui m’avait repéré et qui m’a encouragé à exposer et ce fut une très belle première expérience humaine et artistique à l’espace El Teatro Aire-Libre avec mon exposition personnelle «GRAF-FUTUR trip!» en 2015. Et c’est là que l’aventure a réellement commencé.

Parlez-nous un peu de votre approche artistique, de votre univers, de ces personnages si particuliers qui font votre empreinte
Si j’ai à définir mon approche, je dirai qu’elle est expressionniste sans être figée dans une représentation définitive… Mon univers qui ne cesse d’évoluer tant au niveau chromatique qu’au niveau de l’appréhension de l’espace est surtout une réflexion de mon intériorité, de ce qui déborde sur l’autre et vice-versa, de ce qui déborde dans l’espace… Mon travail s’inscrit dans un processus évolutif sur le long terme, chaque exposition en est une étape avec toujours ce souci de progresser plastiquement. D’ailleurs, je ne crois pas au talent, on est tous capable de créer… Je crois en la pratique et en la volonté de dépasser ses limites. Je ressens d’ailleurs le besoin actuellement de faire évoluer ces figures dans d’autres supports et à travers d’autres médiums et techniques telles que la sculpture et l’animation.

Un besoin d’expansion? D’investir d’autres terrains ?
Oui, exactement, l’envie surtout de toucher à d’autres techniques qui m’intéressent. L’envie de déborder, d’expérimenter, d’aller vers d’autres lieux… J’aime pas le confinement.

Justement, cela est valable aussi pour les lieux où vous exposez? D’où et entre autres l’expérience turque. Parlez-nous-en un peu. Qu’en avez vous retenu ?
C’est en exposant dans le cadre des Journées des arts contemporains de Carthage (Jacc) que le contact s’est établi avec la galerie turque «Kalimat Sanat» qui était invitée par le festival. Le galeriste Adnan Alahmad, d’origine syrienne et qui s’est installé en Turquie depuis les troubles que connaît son pays, m’a alors proposé d’exposer dans son espace situé à Üsküdar, le Montmartre d’Istanbul.
Ce fut une expérience enrichissante tant au niveau des rencontres qu’au niveau des découvertes. J’ai découvert une ville qui bouillonne artistiquement. Une ville qui a su se développer dans ce sens en proposant un terrain propice à la création et à l’exposition. De réelles propositions en termes d’art contemporain, pas de sous-produits, de la vraie recherche, une bonne dynamique et une réelle volonté de production et de fédération. L’exposition a d’ailleurs été bien accueillie et ce qui reste de mes œuvres va être exposé au musée Guray à Cappadoce dans le cadre d’une grande exposition réunissant des artistes turcs et arabes.

Vous parlez de «réelles propositions en termes d’art contemporain», vous voulez bien expliciter?
J’ai mes réserves concernant certaines tendances d’art contemporains qui relèvent plus du re-machouillage, du fourre-tout, du manque d’investissement personnel, du déjà vu, d’une certaine négligence et de la supercherie…

Cela peut nous ramener à aborder la question du marché de l’art très décisif quant à l’émergence de certaines tendances d’ailleurs. Qu’en est-il chez nous?
Pour le moment, l’on ne peut pas vraiment parler d’un véritable marché de l’art en Tunisie. L’on est, malheureusement, plus dans les circulations officieuses. Cela est dû à l’absence d’une réelle volonté politique, de véritables stratégies. Les Jacc par exemple sont une bonne initiative dans ce sens. La première édition a eu ses lacunes mais gagnerait à être mieux structurée et plus ouverte aux acteurs du secteur privé.

Quels sont vos projets futurs?
J’ai un autre projet d’exposition personnelle avec le galeriste turc autour de l’œuvre «En attendant Godot» et une autre exposition personnelle dans une galerie parisienne appelée «Terrain vague». En Tunisie je vais participer, à partir du 18 mai, à une exposition collective à la galerie Kalysté. Il va y avoir aussi un intéressant événement artistique organisé par Neila Jazi, qui se tiendra du 17 au 19 mai, et dans lequel je présenterai certaines de mes œuvres.

Propos recueillis 
par Meysem Marrouki

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