Les énergies renouvelables pour la production d’électricité connaissent depuis plusieurs années une croissance sans précédent. La capacité mondiale installée en énergies renouvelables, hors hydraulique, est passée de 637 GW en 2015 à 763 GW en 2016, soit une augmentation de 19%.

Pour la première fois dans l’histoire, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé les investissements dans les moyens conventionnels de production d’électricité. Ils représentent aujourd’hui une part dans le mix électrique de 24% dont 8% hors hydraulique.

Cette avancée est due entre autres à un gain de compétitivité sans précédent grâce aux économies d’échelle et au développement technologique. Ainsi, entre 2010 et 2016, le coût moyen du kWh produit par les ENRs a baissé d’environ 60% pour l’énergie solaire photovoltaïque, 20% pour l’éolien et 19% pour le solaire thermodynamique.

Ce développement a été motivé au niveau international par les politiques de sécurité d’approvisionnement énergétique, d’une part, et par la lutte contre le changement climatique, d’autre part.

Divers mécanismes de soutien au marché des ENRs ont été ainsi mis en œuvre, tels que : la mise en place de tarifs d’achat garantis et incitatifs de l’électricité renouvelable, le soutien à l’investissement à travers les subventions et les financements concessionnels, le lancement de grands appels d’offres ; l’implication des compagnies d’électricité dans la production de l’électricité renouvelable, l’autoproduction et la défiscalisation, etc.

Au niveau national, la situation est caractérisée par un déficit croissant du bilan énergétique, qui a atteint 49% en 2017. Cela implique des enjeux majeurs en termes de sécurité d’approvisionnement énergétique, notamment pour le secteur électrique qui dépend exclusivement du gaz naturel, dont plus de la moitié provient d’une seule source, et d’impacts économiques notamment en termes de facture énergétique et déficit de la balance commerciale.

Réduction de la consommation

Consciente de cette situation énergétique, la Tunisie a adopté dès 2014 une politique de transition énergétique visant une réduction de 30% de sa consommation d’énergie primaire par rapport au scénario tendanciel, à l’horizon 2030 et une part des ENRs dans la production d’électricité de 30% au même horizon. Pour atteindre ces objectifs, la Tunisie a adopté un certain nombre de mesures dont la création du Fonds de transition énergétique en 2014, la promulgation de la loi relative à la production d’électricité à partir des énergies renouvelables en 2015.

Le Plan solaire tunisien «PST» est le programme opérationnel devant permettre d’atteindre l’objectif de la politique de transition énergétique en termes de pénétration des ENRs en Tunisie. Le PST vise à porter la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité de 3% en 2016 à 30% en 2030, avec un objectif intermédiaire de 12% en 2020.

Afin d’atteindre l’objectif intermédiaire susmentionné de 12%, le gouvernement a arrêté en 2016 un programme (2017-2020), visant à installer une capacité additionnelle de 1.000 MW renouvelables, dont 200 MW sous le régime des concessions, 210 MW sous le régime des autorisations, 210 MW dans le cadre de l’autoproduction et 380 MW par la Steg.

Amener la part des ENRs de 3% à 12% en 2020 et 30% en 2030 est ambitieux, mais reste possible au regard des expériences internationales. Le défi majeur qui se pose à l’ensemble des acteurs concernés publics et privés est comment accélérer le processus de mise en œuvre du PST pour atteindre ces objectifs ?

La réponse à cette question renvoie à des enjeux multidimensionnels réglementaires, institutionnels, organisationnels, financiers, techniques et de gouvernance.

Défis

Un programme ambitieux de développement des énergies renouvelables et de diversification des sources d’énergie a été lancé en Tunisie. Dans ce cadre, la coopération avec la communauté internationale est de première importance pour aider à mobiliser les fonds nécessaires pour le financement du programme et profiter des facilités offertes pour les futurs projets renouvelables.

Moteur de croissance, l’énergie renouvelable joue un rôle important dans le développement économique et social de la Tunisie, en dépit d’une production d’hydrocarbures relativement faible. Actuellement, la part du renouvelable n’est que de 3% de la production électrique, par rapport au potentiel qui est très important.

Selon les indicateurs présentés dans la stratégie industrielle de la Tunisie à l’horizon 2025, la production électrique à partir des énergies renouvelables atteindra 24% et 30% de la production totale à l’horizon 2030, avec une capacité de 3.815 MW, répartie comme suit : 1.755MW d’éolien, 1.510 MW de solaire photovoltaïque, 450MW solaire thermodynamique à concentration et 100MW de biomasse.

L’essentiel de la production d’électricité sera réalisé par le secteur privé, ce qui représente un potentiel d’investissement important. Il est à noter que les investissements prévus durant la période 2014-2030 seront de l’ordre de 12 milliards de dinars, moyennant une économie d’énergie de l’ordre de 29 milliards de dinars avec un effet multiplicateur de 2,5, sachant que le nouveau cadre réglementaire, adopté en mai 2015, contribuera à la promotion des investissements dans les énergies renouvelables.

De même, la stratégie industrielle à l’horizon 2025 de la Tunisie prévoit des opportunités d’investissement importantes au secteur privé pour installer des unités de production électrique.

Les défis du système de l’énergie sont multiples dans un contexte de déficit énergétique grandissant du fait du déclin en cours des sources nationales de pétrole et de gaz.

Dans ce contexte, le renforcement de la sécurité énergétique représente le défi majeur à relever. Il se place aujourd’hui au-devant des préoccupations nationales. Ainsi, parmi les principaux axes sur lesquels le ministère de tutelle et les parties prenantes travaillent : la sécurisation en produits pétroliers, en gaz naturel et en électricité, la diversification du mix énergétique par un recours accru aux énergies renouvelables et le développement des infrastructures de production, de transport, de distribution et de stockage.

Le deuxième défi porte sur l’amélioration de la compétitivité économique, et ce, notamment à travers la maîtrise des coûts de l’énergie qui s’inscrit dans une démarche de développement durable.

Le troisième défi vise le renforcement de l’équité énergétique entre les régions du pays et l’ensemble des couches sociales.

Piliers

Par ailleurs, la Tunisie s’est engagée dans une politique de transition énergétique qui repose sur plusieurs piliers, dont celui du déploiement massif des énergies renouvelables, avec pour objectif d’installer 3.800 MW pour la production d’électricité à partir de l’éolien et du solaire, ce qui portera la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à 30% en 2030.

Le deuxième pilier concerne le renforcement de la politique d’efficacité énergétique dans l’ensemble des secteurs de l’activité économique. L’objectif est de réduire la demande d’énergie primaire de 30% par rapport à un scénario tendanciel.

La ratification par la Tunisie des accords de Paris COP 21 sur le climat, pour la mise en œuvre de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, prévoit de réduire l’intensité Carbone de la Tunisie de 41% à l’horizon 2030, sachant que les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique représentent 75% de l’objectif d’atténuation de la contribution nationale et nécessitant la mobilisation de 15 milliards de dollars à l’horizon 2030.

A cet égard, un cadre légal relatif à la production d’énergies renouvelables a été mis en place en 2015 dont les derniers textes d’application ont été promulgués en février 2017. De même, un décret a été promulgué pour la création d’un fonds de transition énergétique pour l’accompagnement du programme d’efficacité énergétique.

Projets futurs

Dans le cadre de la sécurité énergétique dans le secteur de l’électricité et la diversification des sources d’énergie, le ministère de tutelle prévoit la réalisation du projet d’interconnexion électrique avec l’Italie (câble sous-marin de 600MW extensible à 1.200 MW) avec un coût estimé à environ 600 millions d’euros, cofinancé par l’Italie et la Tunisie. Projet classé parmi les projets d’intérêt commun par l’Union européenne, dont la mise en service est prévue en 2022.

Le second projet est celui de pompage turbinage de 400 MW de Oued El Malah, en cours d’études, nécessitant des investissements entre 400 et 500 millions d’euros, dont l’objectif principal est de faciliter l’intégration de l’énergie renouvelable dans le système électrique.

A ceux-ci s’ajoute la production de 12% d’électricité par les énergies renouvelables en 2020 dans le cadre du plan solaire tunisien, pour atteindre 30% en 2030, moyennant un investissement global d’environ 4 milliards d’euros d’ici 2030.

Par ailleurs, le ministère de tutelle a mis en place un plan d’action d’accélération du plan solaire tunisien visant l’augmentation des capacités pour les concessions, la révision du contrat d’achat et la simplification des procédures, le lancement d’un nouveau programme Prosol-elec social.

Régime des autorisations

Concernant les futurs projets de production de l’électricité à partir des énergies renouvelables, ils seront d’une capacité de 1.000MW, dont les investissements sont de l’ordre de deux milliards de dinars. Le tiers de ces énergies renouvelables proviendra de l’énergie éolienne et les deux tiers restants, de l’énergie solaire, fournissant ainsi 12% des besoins du pays en énergie.

Ces projets de production d’électricité à partir des énergies renouvelables assujettis aux régimes des autorisations et des concessions seront réalisés par le secteur privé suite à des appels à projets et des appels d’offres qui seront annoncés durant la période 2017-2020.

Les projets de production de l’électricité, à partir des énergies renouvelables destinés à satisfaire les besoins locaux, seront réalisés conformément à la loi en vigueur, dans le cadre du respect du principe de la concurrence, de l’égalité des chances et de la transparence, pour accorder les concessions par l’Etat aux différents producteurs.

Concernant toujours les projets futurs, la Steg veille, tous les deux ans, à l’installation de centrales électriques à des coûts élevés, moyennant 500 à 600 millions de dinars.

Deux centrales de production d’électricité seront réalisées entre 2019 et 2020, deux turbines à gaz à Mornaguia et Radès avec une capacité de 600 MW et 450 MW. La construction de ces centrales couvre la demande d’électricité durant les saisons estivales en 2019 et 2020.

À noter que le plan national de l’énergie électrique produite à partir des énergies renouvelables pour la période 2021-2025 comprend l’installation d’une puissance additionnelle de 1.250MW. La réglementation en vigueur donne l’autorisation au secteur résidentiel et aux entreprises et groupements d’établissements exerçant dans les secteurs industriel, agricole ou tertiaire à produire l’électricité pour leur propre consommation à partir de l’énergie solaire photovoltaïque, tout en bénéficiant des excédents d’énergie électrique produite à la Steg.

 

 

(Image par Alexas_Fotos de Pixabay )

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