Le ministre des Finances ne sait plus à quel saint se vouer pour trouver les fonds nécessaires pour boucler le budget de l’Etat. Et alors que le pays tire le diable par la queue, racle les fonds de caisse pour payer salaires et pensions, chaque jour on découvre de nouvelles fortunes, de nouveaux riches dont on ignore totalement l’origine de la richesse. A en croire les déclarations des uns, et en juger par le train de vie des autres, il semblerait que l’argent coule à flots en Tunisie.

Dans un contexte économique et social en pleine crise, l’écart entre les classes sociales est devenu flagrant. La classe moyenne se réduit comme une peau de chagrin. Celle des pauvres et des démunis ne cesse de progresser. Paradoxalement, la liste des nantis ne cesse de s’allonger. Le marché du luxe fait florès en Tunisie. Le haut de gamme et les marques de prestige ont fait leur entrée au pays. Channel, Gucci, Louis Vitton, Rolex, Cartier, etc. ne sont que le reflet de ces signes ostentatoires d’un marché porteur et à fort potentiel.

Ne parlons pas des résidences de luxe ou des voitures premium. Les transactions se font à des millions de dinars. Un pays pauvre, dites-vous ? Alors qu’est-ce qui attire toutes ces marques sinon l’existence d’un fort potentiel de personnes qui disposent de revenus très élevés à même de mettre l’eau à la bouche des plus grands joailliers, équipementiers et concessionnaires de voitures ? En effet, les détenteurs de ces grosses fortunes dont l’origine est opaque ne sont connus que lorsque le halo des projecteurs des médias est focalisé sur eux. Ils ont tout et disposent de tout ce qu’ils veulent jusqu’au jour où ils constatent que l’argent peut faire la célébrité et que le vedettariat peut devenir une forme de pouvoir. Car plus ils ont de pouvoir, plus ils amassent de l’argent et s’adonnent à leurs frasques.

C’est le cas de Sawg Man  qui vient d’écoper de cinq ans de prison pour blanchiment d’argent avec une amende de 100 mille dinars, et la saisie de 19 millions de dinars qui ont été mis à la disposition du Trésor de l’Etat tunisien. Il était déjà incarcéré aux côtés d’autres barons de la contrebande et de la fraude financière. Mais la révélation faite par notre confrère Al Anwar sur une présumée fortune de Rached Ghannouchi, président du Parlement et chef historique du mouvement Ennahdha, qui s’élèverait à plus de 2.700 millions de dinars, donne une nouvelle tournure aux crimes financiers.

Cette fois, ce n’est pas de K2RYM dont la fortune est occulte qu’il s’agit ou d’un Chafik Jarraya, un prédateur financier qui entretenait des liens avec la famille Ben Ali,  ou encore d’un Slim Riahi qui aurait détourné l’argent de Kadhafi, mais d’un homme politique tunisien au pouvoir depuis dix ans qui est appelé à s’expliquer sur les informations qui circulent à son propos. En attendant, même si les parcours de ces nouveaux riches en Tunisie ne sont pas identiques, il semble que leur destin est le même : finir en prison.

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