La Tunisie dans le viseur de la communauté internationale: Des agendas derrière les positions inflexibles ?

Certes, l’actualité politique tunisienne doit intéresser les forces étrangères, mais les positions parfois inflexibles ne cachent-elles pas d’autres agendas ? Veulent-elles imposer à la Tunisie, un pays en proie à une crise économique, des choix cruciaux à l’échelle régionale ? La Tunisie est-elle en train de payer ses positions hostiles à la normalisation avec l’Etat sioniste?

Depuis le 25 juillet et après l’annonce des résultats préliminaires du référendum, les positions, communiqués et déclarations étrangers se multiplient pour revenir sur les derniers rebondissements en Tunisie.

Pour certains, on frôle même les diktats et l’ingérence dans les affaires d’un pays souverain. Si le président de la République avait à maintes reprises recadré certaines parties étrangères, dont notamment la commission de Venise, actuellement la diplomatie tunisienne fait face à une pression exercée notamment par l’Occident.

Certes, l’actualité politique tunisienne doit intéresser ces forces étrangères, mais ces positions parfois inflexibles ne cachent-elles pas d’autres agendas ? Veulent-elles imposer à la Tunisie, un pays en proie à une crise économique, des choix cruciaux à l’échelle régionale ? La Tunisie est-elle en train de payer ses positions hostiles à la normalisation avec l’Etat sioniste ? Nul ne doute que dans la phase actuelle, le pays est au cœur de l’échiquier géopolitique régional, et l’enjeu diplomatique est énorme.

Depuis le 25 juillet, certaines parties étrangères ne cessaient d’émettre des communiqués et de faire des déclarations compte tenu des résultats du référendum. En majorité, elles accusent une faible participation de la part des Tunisiens et se montrent préoccupées quant à «la voie démocratique en Tunisie».

Ce sont les Etats-Unis qui étaient les premiers à s’exprimer sur la situation en Tunisie. «La nouvelle Constitution inclut des mécanismes de contrepoids affaiblis, qui pourraient compromettre la protection des droits humains et des libertés fondamentales», s’est inquiété Ned Price, porte-parole du département d’Etat américain. Plus récemment, le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, Anthony Blinken, a pressé les autorités tunisiennes à adopter une loi électorale «inclusive» qui soit en mesure de garantir une «participation élargie» aux élections législatives prévues en décembre prochain.

Cette loi devrait inclure aussi bien «les opposants que les boycotteurs» du référendum sur la Constitution, souligne-t-il dans une déclaration publiée sur le site web de l’ambassade américaine à Tunis. «Nous soutenons fortement les aspirations démocratiques du peuple tunisien. Un processus de réforme inclusif et transparent est crucial pour restaurer la confiance des millions de Tunisiens, tant ceux qui n’ont pas participé au référendum que ceux qui se sont opposés à la nouvelle Constitution», a-t-il encore dit.

La Ligue des doits de l’homme appelle à manifester devant l’ambassade des Etats-Unis

Après, c’était au tour de l’Union européenne de réagir aux résultats du référendum. L’UE a publié un communiqué dans lequel elle épingle le faible taux de participation au référendum, tout en exhortant à trouver un consensus entre les acteurs politiques et à établir un dialogue national inclusif avant les élections législatives. «L’Union européenne prend note des résultats provisoires du référendum constitutionnel qui s’est tenu en Tunisie le 25 juillet et qui a été marqué par une faible participation. Un large consensus parmi les différentes forces politiques, y compris les partis politiques et la société civile, est essentiel pour la réussite d’un processus qui préserve les acquis démocratiques et nécessaire pour toutes les réformes politiques et économiques importantes qu’entreprendra la Tunisie. La légitimité et la durabilité de ces réformes en dépendront»

Dans la foulée, c’est le futur ambassadeur américain qui entre en scène. Lors d’une intervention devant la commission des relations étrangères du Sénat, le diplomate américain, Joey R. Hood, nommé ambassadeur des États-Unis en Tunisie par le président Joe Biden, a évoqué, entre autres sujets, la situation politique en Tunisie, suite au référendum qui vient de se dérouler.

Dans son témoignage, Joey R. Hood a déclaré : «Ma priorité absolue en tant qu’ambassadeur serait la sûreté et la sécurité des Américains vivant et visitant la Tunisie. Ma seconde priorité serait d’aider à mettre la Tunisie sur une trajectoire plus stable et plus prospère…».

Ce dernier s’est montré même en faveur de la normalisation des relations avec Israël dans la région.

Pour sa part, un parlementaire allemand est allé jusqu’à appeler son gouvernement à revoir l’aide octroyée par l’Allemagne à la Tunisie en fonction de la poursuite des avancées démocratiques. Pour lui, «ce référendum n’est même pas légitime, et met en péril la démocratie tunisienne».

Face à ces positions qui vont à l’encontre de la souveraineté du pays, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh) a appelé à l’organisation d’une manifestation aujourd’hui samedi devant l’ambassade des Etats-Unis pour dénoncer ce qu’elle appelle une ingérence dans les affaires internes du pays.

Qu’en pense Tunis ?

Depuis le 25 juillet 2021 et avec les annonces des dispositions exceptionnelles, la Tunisie fait face à une marée de réactions et de pressions étrangères, pour certains nous évoquons même une ingérence pure et simple. Si, au début, la Tunisie semblait comprendre l’inquiétude de la communauté internationale, aujourd’hui, Tunis n’est plus en mesure d’accepter de tels agissements qui font fi des coutumes diplomatiques.

Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Othman Jerandi, a profité de son entretien par téléphone avec son homologue canadienne, Mélanie Joly, pour transmettre un message à l’Occident. Il a réitéré l’attachement de la Tunisie au choix démocratique et à la préservation des libertés et des droits individuels.

Othman Jerandi a également passé en revue les réformes économiques et sociales que le gouvernement s’emploie à mettre en œuvre en vue de relancer l’économie nationale.

Le ministre a aussi insisté sur la dynamique positive et constructive qui marque les relations de coopération bilatérale dans de nombreux secteurs et domaines de coopération, en particulier l’enseignement supérieur et l’autonomisation des femmes.

Laisser un commentaire