La saison agricole est-elle menacée ? La sécurité alimentaire des Tunisiens est-elle vraiment à l’abri d’une crise? Peut-on assurer le strict minimum des besoins des Tunisiens en matière de produits agricoles ? Pour l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), il y a de quoi s’inquiéter.

Les engrais chimiques manquent énormément sur les marchés, certains agriculteurs ont dû renoncer à l’achat des semences en attendant le dénouement de la crise. Faut-il vraiment s’inquiéter pour la saison agricole ? L’Utap lance un cri d’alerte et exige une intervention directe de La Kasbah alors que le ministère de l’Agriculture tient un discours rassurant. 

En effet, dans un communiqué rendu public, l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche a affirmé qu’un déficit important d’approvisionnement en engrais chimiques dont le DAP (Di-Ammonique de Phosphate) est enregistré sur les marchés, et ce, contrairement à ce qui a été annoncé par les ministères de l’Agriculture et de l’Industrie sur la disponibilité des engrais en quantités importantes durant cette saison. L’organisation agricole a tiré la sonnette d’alarme sur l’absence des engrais et son impact sur la saison agricole et sur la sécurité alimentaire dans le pays.

Elle a précisé qu’«après avoir mené une enquête sur le terrain, il a été constaté que le DAP est quasi absent sur le marché», notant l’impact de ce manque sur le rendement des différents secteurs de la production agricole, en particulier les grandes cultures.

L’Utap a adressé, à cette occasion, un appel d’urgence à la présidence du gouvernement pour tenir un Conseil ministériel sur le secteur agricole et prendre les décisions d’urgence afin de garantir la disponibilité de tous les moyens nécessaires à la production.

L’organisation a mis en garde contre une forte baisse probable de la production nationale des légumes, dans les prochaines périodes, compte tenu de l’incapacité des producteurs à s’approvisionner en DAP et l’incapacité du ministère de l’Agriculture à offrir les engrais.

L’Utap a estimé que «le non-respect par ce département de ses engagements à fournir les engrais aura de graves répercussions sur la campagne agricole, la sécurité alimentaire et les équilibres financiers du pays alors qu’il œuvre à stopper l’hémorragie de l’importation des céréales en projetant le doublement de la production nationale».

Sauf que selon des responsables du département ministériel, le ministère de l’Agriculture n’a cessé d’assurer la disponibilité des engrais essentiels, en particulier l’ammonitrate et le dioxyde de phosphate (DAP), auprès du Groupe chimique tunisien.

Le ministère a constamment affirmé aussi que la distribution des engrais se poursuit, appelant les agriculteurs à coordonner avec les points de vente officiels dans tous les gouvernorats, pour acquérir leurs besoins.

De toute façon, il faut traiter la situation à partir de la question de la sécurité alimentaire des Tunisiens. La flambée du cours mondial des céréales a mis sous pression le système de contrôle des prix des céréales en Tunisie, pourtant garant de paix sociale dans le pays. Les céréaliers tunisiens dénoncent l’absence de vision stratégique de l’État, ainsi que des politiques de prix favorisant les trafics illicites avec les pays voisins.

Les agriculteurs dénoncent surtout la hausse des prix des semences, des engrais, des carburants et même des pièces de rechange de leurs machines. Cette situation impacte réellement la production des céréales, mais aussi des différents produits agricoles mettant en péril la sécurité alimentaire et les finances de l’Etat qui, au lieu de mobiliser des fonds pour promouvoir la production locale, opte pour l’intensification des importations.

Le DAP, un engrais essentiel

Le Di-Ammonique Phosphate (DAP), souvent appelé 18-46, est l’engrais chimique le plus utilisé. Le phosphore parfaitement soluble à l’eau permet de répondre rapidement aux besoins des plantations, notamment lors des premiers jours de croissance.  

En effet, les engrais de phosphate diammonium (DAP), de phosphate Monoammonium (MAP), de super phosphate triple (TSP) et de super phosphate simple (SSP), tirés du minerai de phosphate naturel, sont les produits les plus utilisés dans l’enrichissement des sols des cultures en nutriments essentiels, tels que le phosphore (P). Le DAP et le MAP contiennent également de l’azote, un autre élément nutritif essentiel pour les plantes. 

Des millions de tonnes de ces engrais phosphatés sont utilisés dans le monde entier pour accroître la quantité d’aliments nécessaires pour subvenir aux besoins alimentaires d’une population mondiale qui ne cesse d’augmenter.

La production, le stockage, la livraison et l’application efficace de ces produits sont absolument cruciaux d’un point de vue stratégique pour la sécurité de l’approvisionnement alimentaire dans le monde, mais aussi en Tunisie, en dépit d’un certain nombre de défis, notamment au niveau économique, sanitaire et environnemental.

Quid de la production nationale ?

La Tunisie produit une part de ses besoins en engrais, notamment par le Groupe chimique tunisien (GCT) dont les matières premières, essentiellement le phosphate, sont fournies par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG). Néanmoins, la production de ces engrais est très aléatoire et reste perturbée par la situation financière du groupe et les troubles sociaux et les grèves dans les unités de production de la compagnie de phosphate de Gafsa au bassin minier.

Cette situation a contraint l’Etat à recourir aux importations. Environ 60 mille tonnes d’Ammonitrate agricole ont été importées sur trois lots entre 2020 et 2021 pour combler la régression de la production nationale.

Sauf que l’actuelle conjoncture financière et économique nationale ainsi que le contexte de conflit sur fond de la crise russo-ukrainienne impactent les capacités de recourir aux importations.

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