Le temps commence à paraître long pour la sélection qui tarde à débloquer son compteur et qui est encore à la recherche d’une efficacité perdue. Sur les défaillances et le gâchis d’une équipe minée par un vide existentiel, se profilent déjà les dessous d’un avenir pas tout à fait rassurant dans la CAN. D’une déception à l’autre, d’un abandon à l’autre, le désarroi était inévitable, mais surtout injustifiable, sans qu’une trajectoire aussi déclinante n’ait soulevé en l’espace de trois matches une réelle prise de conscience, ni entraîner une mobilisation de la part des différentes parties prenantes. 

On pourrait soustraire les problèmes de forme qui n’ont cessé de marquer le rendement de l’équipe dès le premier match contre l’Angola, mais les questions essentielles pour l’avenir de la sélection restent toujours sans réponses. Là où on formate les arguments, Giresse, le staff technique et certains joueurs ont encore le sentiment de pouvoir assumer leur rôle. Si leur appréciation de la situation leur paraît juste, ils ne peuvent cependant avoir raison que …tout seuls.

Il est indispensable aujourd’hui de tirer les enseignements des dérives du premier tour, surtout avant que ce ne soit trop tard. On doit admettre que la sélection ne peut plus être laissée au pouvoir de quelques joueurs et d’une seule vision. Que ce soit sur le plan de fiabilité sportive, ou d’ordre structurel, ce ne sont ni Msakni ni Khazri qui déterminent l’avenir de l’équipe, encore moins sa crédibilité. Si la sélection est tombée si bas, la responsabilité de ces deux joueurs est particulièrement engagée. Car ce qu’ils cherchent ce n’est pas tant d’être appréciés comme des joueurs  vraiment capables de tirer la sélection vers le haut. Au mieux, ils sont là pour faire la Une des journaux, passer à la radio et à la télévision. Mais la destruction du château de cartes illustre bien cette tendance à tromper l’opinion publique. De nouvelles pratiques entrent en scène par une série de procédures et d’actes qui ne véhiculent plus les vraies valeurs sportives.

On se désole pour l’équipe de Tunisie, encore moins pour certains de ses joueurs. On s’interroge sur les sens. Le sens du devoir, le sens de l’accomplissement, le sens de l’effort, le sens des victoires, le sens des rêves et des symboles. Aujourd’hui, la réponse tient en un mot: la sélection est en train de perdre ses valeurs. C’est une grande frustration que de n’avoir pas assez de réflexion pour bien gérer le groupe, ni assez d’initiatives pour rebondir et provoquer une recomposition des priorités. Voilà le principe de l’impertinence de l’équipe…

La plupart des équipes peuvent gagner, mais peu d’entre elles savent vraiment le faire. C’est le cas de la sélection dans sa version actuelle. Une sélection qui n’arrive pas à renaître de ses cendres. Une sélection qui vit de doute plus que d’espoir. Une sélection qui encaisse, qui fait des erreurs et qui ne se relève pas. Dans tout ce qu’elle ne cesse de concéder, dans tout ce qu’elle ne cesse de gâcher, de manquer et de perdre, sa passivité a la même racine que la fatalité. L’initiative se retranche. Le discernement, l’imagination et la créativité, encore davantage. Cela nous amène à constater que les limites de beaucoup de joueurs ne sont plus une affaire marginale, mais qu’elles font désormais système dans la manière de jouer de l’équipe et dans son rendement sur le terrain. 

Il aurait cependant suffi de déclencher dès le premier match une véritable réflexion sur l’ambiance au sein du groupe, de se pencher sur les véritables problèmes qui entravent sa marche. Au lieu de quoi, on a préféré user dans les beaux discours. On a tout simplement oublié qu’il est inutile de vouloir faire d’une équipe tout juste moyenne, qui n’arrive pas de surcroît à s’imposer devant des adversaires à la portée, un challenger pour les épreuves de haut niveau. Inutile aussi de rappeler que pour faire face à pareilles exigences, il est nécessaire d’avoir les joueurs les plus indiqués et les mieux appropriés. Inutile enfin de faire revenir l’idée que dans les grandes ou petites compétitions, les équipes qui gagnent, ce sont celles qui disposent de joueurs qui attaquent, qui créent, qui ne se dégonflent pas, qui vont chercher l’adversaire dans son camp et qui ont une maîtrise de balle positive.

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