Grâce à la direction pointue d’Erige Sehiri, « La voie normale » dévoile au spectateur l’envers du décor, celui du secteur ferroviaire tunisien et de ses failles.  Un cri de détresse qui s’annonce retentissant, projeté dans les salles obscures tunisiennes à partir d’hier 27 mars.
Trains, chemins de fer, wagons abandonnés, parfois accidentés, grisaille et bruits de fer en permanence, voyageurs en mouvement et pas moins de 4 personnes qui rythment la narration de ce film au titre attrayant, intriguant. Le long métrage relate l’histoire de 4 cheminots affectés à « La voie normale », il s’agit de la voie la  plus délabrée et la plus abandonnée du réseau. Pourtant, c’est celle qui a été initialement construite selon les normes internationales. Au quotidien, rien ne se passe jamais comme prévu : pannes, accidents, altercations entre employés, hiérarchies étouffantes, bureaucratie administrative, l’œuvre projette une réalité dure, brutale, méconnue par les Tunisiens. Un secteur rongé  par l’absence des autorités, le manque d’encadrement des employés et qui demeure rythmé par les chassés-croisés de personnes qui se vouent corps et âme au secteur des chemins de fer.

Des travailleurs tenaces, aux parcours rudes, aux personnalités éclectiques et qui luttent pour une situation meilleure, à commencer par Ahmed, 34 ans, qui a hérité d’un savoir-faire, celui d’un père et d’un grand-père anciennement cheminots. Sur le tas, il apprend son métier manuellement aux côtés de nombreux conducteurs.

Fitati (38 ans) lutte autrement pour remédier à la déliquescence de la Sncft. Un combat qui frise l’obsession.

Dans le film, on le voit tentant tant bien que mal de mettre la lumière sur les défaillances du secteur ferroviaire tout en s’attirant les foudres des autorités,  de l’administration et … de sa propre femme.

Le film suit aussi le parcours de Abderrahim Aka  Abee. Du haut de ses 27 ans, il puise dans ce chaos ferroviaire pour parvenir à enregistrer son premier album de rap conciliant ainsi profession et passion. « La voie normale » suit également une femme battante qui perce dans un univers masculin.

Le déroulement du tournage pourrait faire un excellent making off au film. Un tournage chaotique à l’image de la Sncft.  Produit par Nomadis Images et les films de Zayna. Les coulisses ont été particulièrement rudes : le tournage a mis un temps à démarrer, faute d’autorisation et le film a mis 5 ans pour prendre forme. L’équipe a tenté de filmer en cachette en attendant l’obtention d’une autorisation légale d’un mois seulement. Un temps record  pour parvenir à tout  boucler.  Soutenu par les conducteurs et les travailleurs au sein de la Sncft, il fallait faire face aux aléas d’une administration en perpétuel changement et des ministres qui défilaient. En suivant Fitati, agitateur aux yeux des autorités, nous assistons à ses tentatives pour médiatiser la dégradation du secteur, depuis 2010. Au gré des hasards, il rencontre Erige Sehiri, la réalisatrice qui filmait sur place. Leur rencontre a été capitale pour la concrétisation du film. L’alerte est lancée à travers ce long métrage qui nous prend aux tripes. Une mobilisation des autorités urge. Difficile de sortir indemne face à la dureté d’un quotidien aussi bien poétisé sur le grand écran. Distribué par Hakka Production, le film est disponible dans les salles Cinémadart et Amilcar.

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Un commentaire

  1. Kamel mzoughi

    10/04/2019 à 11:00

    Joli site merci toutes l’équipe rédactionnelle et technique bravo et bonne continuation en espérant qu’un jour sera payant

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