Par Grammenos Mastrojeni, secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, et Leonardo Becchetti, professeur d’économie


Face à un adversaire sans visage et en constante évolution, comment les politiques publiques doivent-elles réagir? Le rythme auquel la pandémie de la Covid-19 se développe laisse les décideurs politiques en proie aux doutes sur cette question. Il existe plus qu’un simple lien mortifère entre le virus et la pollution, tout aussi omniprésente, qui sévit dans nos villes et villages et dévaste nos habitats naturels, sur terre comme en mer. Au-delà des innombrables décès causés par les deux, des leçons claires peuvent être tirées de cette crise et servir de guide, aujourd’hui et pour l’avenir.

Les pandémies mondiales, le changement climatique et la pollution peuvent se déplacer selon des schémas établis, mais ils ne peuvent pas être contenus par des frontières nationales. Dans ce contexte, une réponse internationale commune doit être proposée et inclure tous les acteurs en jeu. Toute nation laissée pour compte devient un potentiel maillon faible pour le bien commun. C’est pourquoi nous saluons le «Green Deal» de l’Union européenne, pour sa portée et son ambition. La zone euro-méditerranéenne au sens large, avec ses propres défis en matière de santé et d’environnement, doit suivre un modèle tout aussi complet, sans jamais oublier l’asymétrie qui existe dans la répartition de ses ressources et capacités et qui nécessitera différents types d’engagement de la part de tous les acteurs concernés.

À l’image des professionnels de la santé qui mènent la lutte contre la Covid-19 et les experts en épidémiologie qui influencent les prises de décision, cette pandémie doit représenter une nouvelle norme. Les scientifiques et les recherches qu’ils mènent doivent se trouver au cœur de l’élaboration des politiques publiques.

Ces derniers ont déjà démontré le lien mortel existant entre pollution et Covid-19 et qui doit être pris en compte lorsque nous planifions notre réponse. L’exposition à long terme aux particules nocives causées par la pollution, à savoir les PM10 et les PM2,5, entraîne des conséquences néfastes sur les citoyens souffrant de maladies respiratoires courantes. Il a été prouvé que la Covid-19 déclenche spécifiquement des maladies respiratoires, ce qui place ces patients dans l’un des groupes les plus à risque. Des premières preuves basées sur 3.000 cas enregistrés dans toute l’Italie ont permis d’établir une corrélation significative entre l’exposition à long terme aux particules et la propagation des contagions et des décès dus à la Covid-19. Des preuves similaires ont été mises en avant par une étude de Harvard.

La Méditerranée ne fait pas exception et la nécessité d’une approche régionale est essentielle si nous souhaitons combiner deux des leçons émergeant de la crise actuelle: l’importance d’être uni et le recours à des solutions scientifiquement fondées. Heureusement, des progrès sont déjà en cours dans ce domaine. En effet, l’Union pour la Méditerranée (UpM) offre l’espace et le forum nécessaires pour convenir des priorités environnementales régionales les plus urgentes, puis pour agir en conséquence, avec des stratégies à long terme.

Se réchauffant 20% plus vite que la moyenne mondiale, selon le tout premier rapport scientifique sur l’impact du changement climatique dans la région, élaboré par MedECC avec le soutien de l’UpM, la région euro-méditerranéenne est malheureusement également devenue l’un des épicentres de l’épidémie de la Covid-19. Environ 94 % des émissions de particules primaires et secondaires proviennent de l’activité humaine et en particulier de nos choix en matière de chauffage, de transport, de sources d’énergie, d’industrie lourde et de production agricole. Si nous voulons créer des sociétés résilientes après la pandémie, nous devons obtenir un soutien financier important pour les investissements verts, dans la dématérialisation, numérisation et l’efficacité énergétique, en commençant par les zones les plus gravement touchées et les plus polluées, qui abritent de manière disproportionnée les communautés les moins riches.

On estime que la pollution de l’air est à l’origine d’environ 7,2 millions de décès par an, dont 1,6 million dus à la pneumonie. Mais ces chiffres reflètent également un lien cruel entre la dégradation de l’environnement et les inégalités sociales: environ 90 % des décès liés à la pollution se produisent dans des régions à revenus faibles ou moyens. Tout comme la Covid-19 nous a rappelé que notre région ne sera aussi forte que nos citoyens les plus vulnérables,  nos résolutions à lutter contre la pollution doivent suivre la même tendance.

Références

Becchetti, Leonardo and Conzo, Gianluigi and Conzo, Pierluigi and Salustri, Francesco, Understanding the Heterogeneity of Adverse Covid-19 Outcomes: the Role of Poor Quality of Air and Lockdown Decisions (April 10, 2020). Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=3572548 or http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3572548

Pope, C. A., Dockery, D. W., & Schwartz, J. (1995). Review of epidemiological evidence of health effects of particulate air pollution. Inhalation toxicology, 7(1), 1-18.

Xiao W.M. et al. (2020) Exposure to air pollution and Covid-19 mortality in the United States, memo

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