R.A, 55 ans, est un vieil épicier qui tient un commerce du côté de Bab Souika(Tunis). Père de cinq enfants, il a vécu l’épidemie du Covid-19 à sa manière. Une manière bizarre, étrange, pour ne pas dire incroyable. Les habitants de son quartier, qui représentent l’essentiel de sa clientèle, n’ont absolument rien compris de cette énigme pleine de mystère et qui n’a toujours pas été élucidée. «Par moments, note l’un d’eux, on a eu peur pour lui à cause de sa nonchalance têtue en matière de protection contre la pandémie, ce qui a d’ailleurs poussé beaucoup d’entre nous à déserter son établissement, par crainte qu’il soit porteur du virus sans le savoir», raconte l’un de ses clients, rencontré sur place.

Regardez, je vis encore..

Mais R.A. n’en a apparemment cure, comme si, pour lui, le coronavirus n’avait jamais existé en Tunisie, comme si cette terrible pandémie n’avait pas fait des centaines de milliers de morts de par le monde. Bref, on dirait qu’on a affaire à un Martien ! «Pour moi, lance-t-il décontracté, le Covid-19 est un mensonge. En voici les preuves. Primo, il ne s’agit pas d’une épidémie naturelle, mais d’une pure création de l’homme au profit de lobbies et mafias agissant sous la protection de politiciens corrompus. Secundo, pourquoi a-t-on peur du coronavirus, alors que d’autres maladies, pourtant plus courantes, telles que le diabète, les attaques cérébrales et la grippe, sont autrement plus mortelles ? Tertio, je persiste à croire, et cela je l’ai hérité de mes aieux, que la bonne nourriture, la marche et le sourire constituent, à mon avis, la meilleure défense immunitaire contre tous les problèmes de santé». 

Allant encore plus loin dans son analyse, notre interlocuteur préfère nous renvoyer aux détails en affirmant,—tenez-vous bien—,qu’il n’a jamais souffert de stress, qu’il a toujours pris la vie du bon côté, qu’il a l’art de dédramatiser les choses et que ses plats préférés sont exclusivement à base de légumes frais, de céréales, de… piments et de fruits, avec ceci d’important : pas de place pour le sucre, peu de sel et interdiction de consommation des viandes rouges et des boissons gazeuses.«Mon père, qui est mort à l’âge de 98 ans, m’a imposé ce régime sévère que j’ai, à mon tour, transmis à mes enfants.

Et j’en suis fier». Si fier que R.A, indiquent ses voisins, avait vécu la récente crise épidémiologique comme… un poisson dans l’eau, n’ayant même pas fermé boutique ! «Au plus fort de la pandémie, se remémore-t-il, j’étais le seul à ne pas avoir paniqué.

Mes clients qui faisaient grise mine et s’inquiétaient, je les accueillais avec le sourire, je leur remontais le moral, je les exhortais à ne pas en faire un drame et, surtout, je leur disais : regardez bien, je ne porte même pas une bavette et je vis encore, Dieu merci !» Et de continuer avec son flegme british : «Le masque de protection a fait la preuve de son inefficacité. Et dire qu’on se l’arrachait jusque dans le marché noir !»

N’a-t-il pas douté  en cours de route? «Absolument pas», répond l’épicier  avec un calme olympien, avant de «jurer» de nouveau qu’il n’a pas songé un instant à aller un jour effectuer un test de dépistage ou à forcer les membres de sa famille à le faire. Changera -t-il de tactique en cas de nouvelle vague du coronavirus? «Jamais» ! Le coronavirus ne l’aura pas !

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