• Pour Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, «le financement des partis politiques reste inconnu et impénétrable. Les sources de l’argent, leurs bailleurs de fonds et leurs objectifs à court, moyen et long termes sont également inconnus, ce qui pourrait conduire à une «libanisation» de la vie politique tunisienne et même à des conflits armés avec ingérence étrangère». Il appelle tous les intervenants, dont la justice, le gouvernement et l’Instance électorale, à assumer leurs responsabilités pour faire face à ce problème.
• Prochainement, un projet de loi assurant un financement annuel aux partis politiques sur la base de leur représentativité au Parlement

Le dossier de financement des partis politiques a toujours posé problème en Tunisie, en dépit des efforts des différents intervenants pour remédier à certaines lacunes, notamment d’ordre légal. Et pour cause, le manque de transparence qui entoure l’activité de pratiquement tous les partis politiques, ce qui ouvre la grande porte des dépassements et même des crimes liés à l’argent politique et aux financements étrangers illégaux.

C’est en tout cas le constat fait par les intervenants d’une conférence organisée, hier, par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) et le Centre «Al Kawakibi de transition démocratique», portant sur le «contrôle des financements des partis politiques tunisiens». Inaugurant cette conférence, le président de l’Inlucc, Chawki Tabib, a dressé une image désolante de la réalité du financement des partis politiques tunisiens marquée notamment par un manque de transparence qui concerne pratiquement tous les partis. Tabib est allé jusqu’à dire qu’en Tunisie, il existe des financements illicites et hors la loi dont bénéficient certains partis. « En Tunisie, le financement des partis politiques reste inconnu et impénétrable. Les sources d’argent, leurs bailleurs de fonds et leurs objectifs à court, moyen et long termes sont également inconnus, ce qui pourrait conduire à une «libanisation» de la vie politique tunisienne et même à des conflits armés avec ingérence étrangère», a-t-il expliqué, appelant tous les intervenants, dont la justice, le gouvernement et l’Instance électorale, à assumer leurs responsabilités pour faire face à ce problème.  

Le président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption a révélé dans ce sens que «des parties étrangères mènent une guerre régionale par procuration en finançant certains partis qui les représentent en Tunisie». Il s’agit, selon ses dires, d’une affaire «grave et menaçante» pour la paix sociale, mettant en garde contre les risques de conflits partisans en Tunisie.

Le chef de l’Instance anticorruption a évoqué, en effet, les soupçons qui circulent autour de certains partis politiques en Tunisie, sans les citer, qui reçoivent des financements de l’étranger, notant qu’il existe une sorte d’impunité dans le traitement de ce dossier. Et d’affirmer que le problème des financements des partis politiques est d’une extrême dangerosité dans la mesure où il met en péril l’un des acquis de la révolution qu’est la liberté d’organisation.

Vers un nouveau cadre juridique

 Représentant Ayachi Hammami, ministre chargé des Droits de l’Homme et des Relations avec les instances constitutionnelles et la société civile, Mrad Mahjoubi, directeur général à la présidence du gouvernement chargé des partis et des associations, a reconnu que l’actuel cadre juridique, même s’il a déverrouillé l’activité politique en Tunisie, notamment en supprimant le système d’autorisation pour lancer un parti, a ouvert la voie à des dépassements liés à leur financement.

«L’une des lacunes étant celle liée au financement public des partis politiques qui se limite actuellement aux campagnes électorales, ce qui laisse la porte ouverte pour les financements privés», a-t-il expliqué, annonçant dans ce sens que la présidence du gouvernement est en train de parachever un nouveau projet de loi portant sur le financement des partis politiques. Ce projet de loi, explique-t-il, devrait garantir des financements annuels à tous les partis politiques, notamment ceux qui sont représentés au Parlement.

Participant également à ce débat, le premier président du Tribunal administratif et président de la commission de contrôle des financements des partis politiques, Abdessalem Mehdi Grissia, a épinglé le manque de moyens et de mécanismes juridiques octroyés à cette commission, laissant présager qu’elle est dépourvue de toute prérogative. «En Tunisie, nous avons l’habitude de mettre en place des commissions sans prérogatives et qui sont dépourvues de tout moyen, ce qui explique la situation du dossier du financement des partis politiques échappant parfois à tout contrôle», a-t-il dénoncé, rappelant que sur plus de deux cents partis, seulement trois communiquent régulièrement les données relatives à leurs financements.

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