La plupart des jeunes préfèrent aujourd’hui télécharger gratuitement les bouquins qu’ils veulent lire plutôt que de les acheter dans une librairie ou chez un bouquiniste.

Face à l’emprise des Smartphones sur un lectorat important de nos jours et la hausse du prix du livre et des revues, le papier perd du terrain, non pas par désintérêt, mais faute de moyens. Un état des lieux de quelques bouquinistes très prisés depuis des décennies, situés en plein cœur de Tunis vient confirmer cette constatation …

Par un jeudi ramadanesque, les bouquinistes sont ouverts à une clientèle qui leur rend visite. Contrairement à ce que tout le monde pourrait penser, ils sont toujours aussi fréquentés. Des lecteurs, tous âges confondus, passent demander quelques titres et fouiner dans les rayons garnis de livres anciens. Ils sont à la recherche de bouquins, vendus à prix réduits, mais surtout en bon état et, forcément lisibles, vendus à bas prix. Quatre étudiants en lettres posaient des questions, et voulaient des renseignements sur des ouvrages de critique. Une passionnée faisait déjà les courses pour le second semestre. Elle est étudiante en lettres françaises et s’apprête à obtenir sa licence : «Le fait de nous procurer des livres neufs dans des libraires à la pointe des nouveautés à Tunis nous coûte très cher. En tant qu’étudiante, je ne peux pas me le permettre. Du coup, recourir aux bouquinistes devient une solution primordiale. On sort avec plein de livres : on peut acheter jusqu’à 4 ou 5 livres chez le bouquiniste à un prix très réduit, tellement réduit qu’il ne dépasse jamais le prix d’un ouvrage neuf importé de France», déclare-t-elle.

 

En effet, les ouvrages neufs, subissent le contrecoup de la dévaluation du dinar et deviennent hors d’atteinte : citons «Khalil», le dernier roman de 400 pages en vente de Yasmina Khadhra depuis août et qui est vendu à 73dt. Exubérant pour les étudiants en lettres, en philosophie, en sciences sociales, ou en psychologie : les plus concernés par l’achat des livres et ceux qui fréquentent le plus les bouquinistes de Tunis.

Des propriétaires mitigés 

« La demande est là,  mais la passion d’avant n’y est plus », évoque un bouquiniste, qui s’est consacré à cette profession depuis les années 60. Pour lui, les jeunes, ici, ne viennent que par obligation : pour dégoter les livres qu’ils ont au programme spécialement, pour réussir. Ils viennent rarement pour se procurer des livres par passion, comme il y a 20 ans. Cet engouement, selon lui, est en train de s’estomper au profit des livres audio, et de la lecture parfois gratuite en ligne. Les adultes sont plus intéressés par d’anciennes revues. Quant aux livres qu’ils trouvent et qui sont vendus  en bon état à des prix déjà très bas, ils ne manquent pas l’occasion de négocier le prix.

Etre bouquiniste dans l’air du temps devient de plus en plus difficile. C’est plus un acte de résistance pour un autre bouquiniste situé du côté du passage. «On conserve les livres rares et tant que la demande existe, nous demeurerons. On s’acclimate face à autant d’aléas et c’est normal». Il reste convaincu que le papier ne disparaîtra pas pour autant face à l’évolution technologique, et qu’il aura toujours sa place. Pour les lecteurs interrogés sur place, rien ne vaut le papier.

Quand on voit les bibliothèques et les librairies neuves du Grand Tunis tenir la cadence face aux prix exorbitants d’un grand nombre de livres importés, qu’une clientèle fidèle ne se prive pas d’en acheter au moins une à deux fois par mois, sans oublier, d’autres férus qui ne manquent pas de dévaliser la Foire du livre pendant une semaine et qui investissent dans l’achat des livres, on ne peut qu’être optimiste pour l’avenir des « templiers des livres».

 

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