Notre économie est malade. Pour la redresser, il faudrait que l’on s’y mette tout en laissant de côté les préoccupations politicardes et… syndicales qui bloquent tout.


«J’ai l’impression que les choses commencent à s’accélérer». C’est ce que pensent bon nombre de nos concitoyens qui, il faudrait l’avouer, s’impatientaient, surtout que des «frondes» provoquées ou spontanées, surgissent un peu partout.

Il n’en demeure pas moins que le gouvernement se trouve en plein dans un vaste, très vaste chantier, où tout semble tomber en ruine. Comment penser autrement, lorsque  nous  constatons, comme le commun des mortels qui forment la majorité de ce bon peuple, que tout est urgent  et que tout doit être fait immédiatement sous peine de perdre définitivement pied et aller au-devant d’une véritable catastrophe. Des champs de ruines qui ont plus que jamais besoin de ce «génie tunisien» que des observateurs étrangers ont loué et qui constitue la seule issue pour trouver le moyen de s’en sortir.

Des génies qui ont néanmoins besoin de plan d’action. Tels que ces plans quinquennaux qui nous avions élaborés et qui ont permis au pays de se fixer des priorités et des démarches à suivre pour y arriver. Mais il y a des conditions et des priorités !

Ne parlons pas des ministères régaliens, mais du reste. Les réseaux sociaux ont eu le mérite de nous faire découvrir que nous possédons douze millions de politiciens dont ceux qui ont eu la chance d’endosser de hautes responsabilités et qui sont incapables de réunir cent personnes dans un meeting. Ou douze millions d’entraîneurs nationaux omnisports dont la majorité n’a jamais enfilé un short. Ou, chance suprême, douze millions de médecins spécialistes champions en automédication dont beaucoup ne croient pas aux vaccins… Dans ces conditions, il est difficile de suivre les regards de tout ce beau monde alors que le pays se débat dans un marasme terrible.

Va-t-on commencer par l’éducation qui  représente le socle sur lequel repose tout éventuel plan de redressement ? On a mis dix ans pour détruire ce fleuron. Nous devrions penser nous engager à mettre dix autres pour le redresser.

A vau-l’eau

Une éducation qui a connu ses heures de gloire au lendemain de l’Indépendance, mais qui a perdu, ces dernières décennies, du terrain. L’instabilité politique, le terrorisme (endigué heureusement), la crise économique, la pandémie entre autres ont contribué à l’installation du doute. Le système éducatif tunisien, qui était une véritable référence pour ceux qui ont longtemps essayé de nous imiter et de lui donner la priorité, a fini par sombrer dans l’improvisation.

La politique a précipité la déchéance. Les grèves l’ont achevé en faisant  de l’élève ou de l’étudiant tunisien des otages  à qui  les différentes parties prenantes essaient d’imposer leur point de vue.

«Le classement de l’indice du capital humain de 2020 place Singapour, Hong Kong et le Japon en tête, avec un score de 0.8 pour ce dernier, alors que la Tunisie se classe à la 102e place sur 174 pays, avec un score de 0.52. Le système éducatif tunisien enregistre actuellement un nombre d’heures de cours nettement inférieur aux moyennes annuelles mondiales.

En moyenne, dans les pays de l’Ocde, les élèves sont censés suivre  6.732 heures de cours entre 7 et 14 ans. Ainsi, en Italie, pays champion en la matière, les enfants passent 8.316 heures en classe.

Paradoxe. En Tunisie, pour les élèves qui ont les moyens de suivre des cours particuliers, on relève le nombre excessif d’heures de travail que font les élèves chaque semaine. Les élèves en 3e et 4e scientifique atteignent 59 et 51 heures par semaine respectivement, alors que le maximum légal d’heures de travail est défini à 48h/semaine».

Mais le fait est qu’une grande partie de cette masse de travail est faite en dehors de l’école, lors de cours particuliers officiellement interdits, on est en droit de se demander ce qui advient de ceux qui n’ont pas les moyens de rattraper les cours perdus à la suite des grèves à répétition.

Qui se soucie de cela ?

Certainement pas ceux qui ont d’autres préoccupations alors que «la politique» a fini par vicier notre système éducatif. S’il existe encore. Il faudrait signaler ou rappeler à ceux qui nous ont embarqués sur cette pente dangereuse pour l’avenir de ce secteur, dans notre pays, que la  République centrafricaine est  étiquetée comme ayant le pire système d’éducation  en raison des perturbations sociales, des guerres, et des problèmes qui ont fait de son élite des réfugiés et des enfants en âge d’aller à l’école des «combattants», qui se battent pour une cause à laquelle ils sont étrangers.

A méditer, tout en prenant en compte les milliers d’enfants qui quittent l’école pour diverses raisons, qui sont de toutes les manifestations pour gagner quelques sous, ou qui, au prix de leur vie, essaient d’atteindre l’autre rive de la Méditerranée.

Et l’économie ?

On remarquera, à juste raison, que notre économie est malade. Pour la redresser, il faudrait que l’on s’y mette tout en laissant de côté ces préoccupations politicardes et…  syndicales qui bloquent tout. Sauvons le pays, remettons-le sur les rails et tout sera de nouveau possible. Les chiffres sont effrayants. Les exigences-chantages le sont davantage en dépit du fait que l’on sait pertinemment qu’il sera impossible de répondre à toutes les sollicitations. Dans ce cas, ce ne sont pas les grèves et les blocages de routes et des sites de  production qui constituent l’alternative.

L’Etat doit commencer par agir pour rendre la Tunisie attractive,  pour non pas seulement les touristes, mais surtout pour les investisseurs. En l’état actuel des choses,  il faut des mois et des mois pour faire démarrer son projet alors que dans certains pays il en faut… cinq minutes. On veut parler d’organisation, d’assainissement et de lutte contre la spéculation et la contrebande mais on oublie que tout investisseur qui bute contre la nonchalance et le chantage, la férocité des décisions syndicales, finit par se décourager. Il n’hésite plus. Il va ailleurs dans les pays du sud du Sahara ou  au Maroc qui lui ouvrent les bras, sans tracas ni dessous de table pour engraisser les criminels qui contribuent à affamer des familles tunisiennes, à disloquer son tissu industriel en toute impunité.

La lutte contre la corruption commence par la suppression de ces lois dépassées et ces décrets d’application (du pain béni pour ces corrupteurs)  ont été faits justement pour permettre à ces hors-la-loi d’agir à leur guise. C’est la condition sine qui non pour relancer l’économie et rendre le pays plus attractif pour les investisseurs. Qu’attend-on pour agir ?

Ré-inculquer le goût du travail

Mais… durant près d’une décade, le jeune a perdu le goût du travail. Il préfère soutirer une pièce (ou tout ce que gagne une mère ou une sœur) pour s’attabler sur une terrasse de café. La paresse est à la mode. Tunis, tout aussi bien que les autres chefs-lieux comptent des milliers de désœuvrés qui deviennent incontrôlables et dangereux, la nuit tombée. Il est nécessaire d’imposer une certaine rigueur et de ré-inculquer le goût du travail. Alors que l’on paie des salaires très attractifs pour  la cueillette des olives, on est obligé de se rabattre sur des réfugiés, souvent maltraités, pour faire ces travaux agricoles. Dans les chantiers de construction, c’est le même problème. La paresse est la qualité la plus partagée dans ces milieux. Pourquoi ne pas en charger ceux qui sont payés pour ne rien faire ? Au lendemain de l’Indépendance on a lancé de grands travaux pour résorber le chômage. De nos jours, l’Etat s’est engagé à recruter des milliers de personnes pour… quoi faire ?

Et comble d’ironie, des grévistes se sentent en droit de lancer à… l’Etat des… ultimatums !

En voie de redressement ?

La santé, c’est également une priorité. La pandémie de laquelle nous sommes sortis avec pas moins de vingt-cinq mille décès (ce n’est pas fini !) a servi à quelque chose. Elle a levé le voile sur les insuffisances que vivait ce secteur. Pourtant, on nous avait expliqué que tout allait bien et que nous étions parés pour toutes les éventualités. Encore de la politique !

Les dispositions prises pour sauver la situation en  rameutant  nos frères et amis et ramener en un temps record les vaccins, du matériel et une reprise de conscience généralisée des hommes et femmes de ce secteur ont prouvé au moins deux choses : notre système de santé n’était pas au bout du rouleau mais on s’est ingénié à le démobiliser. Les acquis, chèrement payés, doivent être renforcés et consolidés, afin d’alléger le fardeau des caisses sociales complètement dépassées et qui ploient sous les dettes. Les hôpitaux et les dispensaires pourraient devenir les pièces maîtresses de notre système de santé. C’est là où nous devons investir, tout en nous rapprochant des citoyens. Les caisses, surtout la Cnam, ont montré leurs limites alors que les adhérents souffrent de leurs mauvais services.

Peut mieux faire

Le secteur des transports est aussi une priorité. Le matériel, pour certains opérateurs, est vétuste. Le citoyen y contribue en se comportant de manière peu civique. Il n’en demeure pas moins que transports et communication forment un tout pour   toute expansion ou implantation de nature à activer ou réactiver des zones, des villes des circuits qui pourraient favoriser la relance aussi bien du tourisme que de  l’agriculture, de l’industrie ou de  la culture.

Culture, jeunesse et sport

Il y a sans aucun doute d’autres secteurs (les problèmes du manque d’eau potable et de l’avenir de l’agriculture tunisienne, les rossignols que représentent certains secteurs industriels où l’Etat investit en pure perte un argent fou, la gestion des ports, les énergies renouvelables que certains syndicats refusent, (alors que le monde entier s’y met)  parce qu’elles empiètent sur leur chasse gardée, etc, qui exigent des plans d’action immédiatement opérationnels.

D’ailleurs, disons-le franchement, dans un pays où on s’est ingénié à tout infiltrer, tout gangrener, tout saborder pour mieux instaurer une certaine vision de la société, tout est important, urgent, incontournable. Mais la culture, la jeunesse et le sport sont des secteurs clés qui ne peuvent pas attendre. Pour la bonne raison qu’ils sont responsables de la formation de l’homme et de la femme de demain. C’est aussi une continuité qui renforce le rôle de l’école, du collège, de l’Université.

Ces jeunes livrés à eux-mêmes, ces enfants qui ont quitté l’école, qui parasitent des quartiers entiers par une présence dérangeante, parce qu’ils n’ont rien à faire d’autre, ces installations en ruines (et on continue à en construire pour les laisser mourir de mort lente !), ces maisons de jeunes et de la culture muettes, tristes, closes ou hantées par n’importe qui, représentent la preuve de l’échec de notre système éducatif actuel. Si les grandes nations ont donné au sport et à la culture une certaine priorité, des budgets conséquents et un encadrement qui tient la route,  c’est qu’elles savent que c’est à cette étape de la vie que le citoyen de demain est plus malléable, si bien qu’elles saisissent l’opportunité de le couler dans le moule où il sera en mesure de comprendre ce qu’est une véritable vie démocratique, une liberté, une citoyenneté.

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