En 2050, il y aura plus de 9 milliards d’êtres humains sur Terre, dont près de 80% vivront en ville. Ainsi, les zones urbaines vont s’étendre, grignotant toujours plus les terres agricoles. Afin de nourrir toutes ces bouches supplémentaires, un nouveau mode de culture vient de voir le jour dans certaines villes européennes, il s’agit de fermes verticales encore connues sous l’appellation de culture en bâtiment. Cette technique promet des économies de terres, d’eau et d’intrants agricoles. Le concept, qui reste marginal dans des pays comme le nôtre, est aussi jugé coûteux et gourmand en énergie par certains.

Si la pression démographique s’accroît, ce n’est pas le cas de la surface des terres arables. Près de 80% de la population mondiale vivent aujourd’hui dans des régions urbaines et l’étalement urbain devrait continuer à croître. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la production alimentaire devra augmenter de 70% afin de nourrir toutes les bouches supplémentaires en 2050. L’organisation fait également savoir que «de plus en plus les citadins ont le souci de consommer des produits locaux, frais et sains». Un contexte qui donne toute sa légitimité à un nouveau mode de culture, celui de fermes verticales.

Pousser hors-sol, c’est possible !

Ce mode de production, qui fait partie des nombreuses avancées technologiques, s’est développé dans le cadre de recherches sur la production de nourriture pour les astronautes dans un espace clos avec un minimum d’eau et de substrat. Cette technique a, par la suite, intéressé les chercheurs, car dans une ferme verticale, les cultures ne sont pas tributaires de la surface au sol, les légumes sont cultivés sur plusieurs étages. «Et c’est un gain important, en termes de terres cultivables», estiment un bon nombre de cultivateurs.

Des bacs de végétaux en rangs serrés sont placés sur des étagères superposées et poussent généralement hors-sol, dans un environnement clos et contrôlé. Les légumes puisent de l’eau dans laquelle leurs racines baignent (cette technique est appelée l’hydroponie) où de la brume pulvérisée directement sur leurs racines (aussi connu par l’aéroponie) tous les nutriments nécessaires à leur croissance. «Tous les facteurs sont rigoureusement pensés pour que les plantes se développent de manière idéale dans un climat parfaitement adapté à leur croissance. Résultat : les fermes verticales affichent un rendement pouvant dépasser 100 fois celui de l’agriculture traditionnelle, pour une consommation d’eau 10 fois moindre», assurent les partisans de cette technique.

Lutter contre les coûts d’approvisionnement

En revanche, même si ces cultures sont économes en eau, les fermes verticales n’en demeurent pas moins énergivores. Ces dernières n’utilisent pas la lumière du soleil, mais un éclairage artificiel de LED qui diffuse un spectre lumineux optimal. Mais, encore une fois, les adeptes de ce type de cultures vous diront que cette consommation énergétique est à mettre en rapport avec, d’une part, la productivité grandement accrue de fermes verticales et, d’autre part, la diminution radicale des coûts et des impacts environnementaux liés au transport des aliments.

«En rapprochant le lieu de production du lieu de consommation, les fermes verticales permettent de lutter contre les coûts d’approvisionnement», font valoir certains analystes. Ils mettent en avant certains autres avantages, tels que la traçabilité. Pour eux, les consommateurs savent exactement d’où proviennent leurs légumes, et peuvent, s’ils le souhaitent, s’informer plus directement sur leurs conditions de production.

Une nourriture bien contrôlée

Dans les fermes verticales, les végétaux sont généralement cultivés dans des conditions d’hygiène très strictes et rigoureusement contrôlées, ce qui permet dans certaines structures de se passer de l’utilisation de tout produit phytosanitaire.Pour les consommateurs, la garantie d’une meilleure qualité est un facteur essentiel, qui explique en partie le succès des fermes verticales sur certains territoires. Au Japon, par exemple, pays montagneux de 127 millions d’habitants et dont la surface agricole est six fois plus réduite que celle de la France, ce pays n’a pas le choix pour nourrir ses habitants : il doit importer 60% de ses denrées alimentaires. Pour avancer sur le chemin de l’autosuffisance alimentaire, les Japonais ont accueilli à bras ouverts le concept de fermes verticales. Il en existe aujourd’hui plusieurs centaines. Au Canada, les toits de la banlieue de Montréal  ont été mis à profit pour placer des serres géantes de 3.000 et 4.000 m2, transformant les surfaces délaissées en des espaces productifs. Des projets ont permis de nourrir, chaque année, près de 5.500 Montréalais, soit ainsi, un rendement au mètre carré exceptionnel.

Du côté des Etats-Unis, des fermes verticales apparaissent aux quatre coins du pays, de Chicago à Seattle, en passant par New York et Houston. Souvent, ces fermes s’installent dans des entrepôts reconvertis. Et l’intérêt pour les fermes verticales dans le pays ne cesse de croître.

Reconnecter les citadins avec la nature

La Chine se tourne également vers les fermes verticales. Et elle voit grand. Elle prévoit tout simplement la création de la plus grande ferme verticale du monde à Shanghaï. La mégalopole de 24 millions d’habitants commencera bientôt la construction de «Sunqiao», un district de 100 ha, dédié à l’agriculture urbaine, qui comprendra une ferme verticale de 7 ha. «L’enjeu n’est pas uniquement alimentaire, il est également pédagogique. Il s’agit de reconnecter les Shanghaïens avec la nature et de rapprocher les préoccupations agricoles des milieux urbains», d’après des sources chinoises.Du côté des promoteurs également, l’agriculture urbaine apparaît comme un sujet séduisant. Il existe un intérêt véritable et une réelle opportunité à développer dans les métropoles des projets immobiliers qui incluent une activité agricole. «Allier logement et agriculture urbaine devient un vrai argument commercial, et permet de mettre en avant la capacité d’innovation des bâtisseurs. L’intérêt principal de l’agriculture urbaine est de reconnecter les citadins avec la nature, de mettre en place un cercle vertueux au niveau de l’alimentation. A cela s’ajoute le potentiel de création d’emplois locaux pour développer, construire et, ensuite, exploiter ce type de projets», estiment ces promoteurs.

Si l’agriculture urbaine est en plein essor, elle n’a pas la vocation à remplacer l’agriculture traditionnelle. Le coût de mise en place d’une ferme verticale est élevé, et la technologie associée demeure complexe.

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