On arrête pour un oui ou pour un non l’extraction des richesses du pays durant des mois, alors que l’Etat s’affaiblit, s’endette et quémande à droite et à gauche pour faire face à des obligations auxquelles il n’aurait jamais dû souscrire.

Ce n’est plus un secret pour personne : nous sommes devenus, redevenus plus exactement, dépendant de l’importation de produits dans lesquels nous avions atteint l’autosuffisance et dans lesquels nous avions réussi à mettre en place des mécanismes d’exportation assez efficaces.

Des produits stratégiques que l’Etat pourrait se trouver dans l’obligation d’importer pour réguler le marché. Il faut quand même signaler que l’absence d’une véritable stratégie, mûrement réfléchie au niveau de l’agriculture notamment, a énormément contribué à précipiter cette descente aux enfers.

Langue de bois oblige

Les responsables qui se sont succédé, langue de bois oblige, ne sont jamais allés au fond des choses. L’agriculture, créatrice d’emplois, source de richesses et de sécurité alimentaire, garante d’une paix sociale, est marginalisée, alors que ces mêmes responsables nous déclarent que l’objectif est de faire en sorte que le Tunisien se nourrisse de sa terre, se soigne avec ses médicaments, boive son eau… Du vent que tout cela.

Notre terre ne nous nourrit plus, parce que mal gérée. Des milliers et des milliers d’hectares de bonne terre sont en friche. On préfère, par frilosité, par peur ou par nonchalance, que cela soit ainsi et on tarde à les mettre en valeur par ceux qui ont été formés pour.

On nous annonce que des centaines d’hectares ont été récupérés, mais avec ces pénuries à répétition, personne ne voit l’apport de ces biens retrouvés et qu’on tarde à remettre sur le circuit de production pour renforcer l’acquis et éloigner le spectre des ruptures de stocks, tout en donnant du travail à ceux qui en ont besoin.

Contradictions

Notre eau « potable » est, dit-on, imbuvable. Que cela soit vrai ou faux, il suffit de rappeler que le Tunisien détient sans doute le record du monde au niveau de la consommation des eaux minérales. Pourquoi? Certainement, pas parce que l’eau de robinet est dénuée de tout reproche. Cela ne fait qu’alourdir les charges des consommateurs, déjà mal en point.

Pendant ce temps, la Sonede et l’Onas facturent des prix en courbe prodigieusement ascendante, une eau dans bien des zones et régions de qualité plus que médiocre pour ne pas dire autre chose.

Les responsables se contredisent au niveau des estimations en ce qui concerne l’huile d’olive, les dattes, les agrumes, le lait, les œufs, les viandes blanches ou rouges et bien d’autres secteurs, au point de donner l’impression que notre agriculture tourne à vide et que tout est produit à perte.

Qui croire, alors que les chiffres, que l’on énonce, deviennent peu crédibles, en cette période, où tout est politisé et que tout est fait pour jeter la suspicion et dénoncer ce que font ceux qui sont en place ?

Déconnecté

En fin de compte, qu’exportons-nous sans toucher aux besoins des rations alimentaires des Tunisiens. De l’huile, des dattes, quelques fruits en primeurs, du… soleil avec un tourisme de masse peu rentable, déconnecté par rapport à ses concurrents directs, banalisé, qui tarde à se transformer et à évoluer, et dont l’apport reste lié aux bouleversements que vit un monde perturbé, menacé par les guerres et la famine qui guettent.

Les bouleversements, qui ont mis sens dessus dessous tous les mécanismes en place, associés à la faiblesse et la nonchalance de l’administration, ses lourdeurs, son inefficacité et son incroyable laxisme, ont fait le nid de ceux qui ont mis le grappin sur tout le système, à l’import comme à l’export et ont tout faussé.

Pour un oui ou un non

Parce qu’il y a de l’argent à gagner, on fait disparaître du marché du lait, des… oignons ou des pommes de terre pour en faire importer. On fait traverser les frontières des tonnes de médicaments, alors que les malades tunisiens en manquent. On arrête pour un oui ou un non l’extraction des richesses du pays durant des mois, alors que l’Etat s’affaiblit, s’endette et quémande à droite et à gauche pour faire face à des obligations auxquelles il n’aurait jamais dû souscrire.

Le citoyen dans tout ce magma s’est retrouvé dans l’obligation de changer d’habitudes, et on voit surgir des agissements qui en disent long sur la crise profonde qui s’est emparée de notre société, furieusement  coulée par l’incertitude.

Face à cette situation, ne devrait-on pas agir pour donner à ces secteurs stratégiques l’importance qu’ils méritent et de cesser de naviguer à vue, le temps que se termine la gestion que l’on confie à un ministre de passage ?

Il ne s’agit aucunement de mettre en place un service vite englouti par une administration tatillonne et des lois qu’on n’appliquera jamais, parce que vidées de leur substance par les décrets d’application, mais de doter ces secteurs de plans d’action prospectifs, de moyens humains désignés pour leurs compétences et non pas pour leur appartenance politique, syndicale ou autres ?

Des idées novatrices

La Tunisie s’est construite grâce aux plans quinquennaux conçus par des femmes et des hommes compétents au-dessus de tous soupçons, qui ont concrétisé des idées novatrices et profondément ancrées dans les réalités d’un pays décidé à se soustraire du sous-développement.

Ce que nous voyons malheureusement en ces années de braise, de pénuries successives et provoquées, de spéculation effrénée mal réprimées, d’exploitation éhontée des moyens (et des faiblesses) de l’Etat, bientôt de disette si rien n’est fait pour y mettre le holà, ne reflètent en rien les efforts fournis par les générations précédentes.

Devant l’immensité et l’urgence de la tâche, il est devenu urgent de se rendre à l’évidence et de se réveiller. La moitié de nos pieds est dans le vide.

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