Quand les urnes ont livré leur verdict, dimanche dernier, propulsant Kaïs Saïed au second tour de l’élection présidentielle avec plus de 600 mille voix qui lui ont accordé leur confiance, s’est automatiquement posée, au-delà de la surprise ressentie par certaines parties ou de la stupéfaction qui a gagné certains milieux, la question suivante : pour qui voteront les électeurs du candidat-phénomène lors des législatives du 6 octobre prochain ?

Plus encore, les partis politiques dont les candidats ont perdu sévèrement la première manche de la présidentielle (même si certains peinent encore à reconnaître ou essayent d’en minimiser la portée en insistant sur la déroute des concurrents) se sont  investis dans une course folle de séduction de Kaïs Saïed en lui promettant leur soutien lors du second tour de l’élection présidentielle en contrepartie — doit-on comprendre — du vote que ses partisans s’engagent à accorder à leurs candidats à la députation au palais du Bardo. Autrement dit et pour être plus clair, quand Ennahdha, Al Harak Al Joumhouri, Mohamed Abbou et Seïfeddine Makhlouf, autoproclamés «les forces  de la révolution» annoncent, haut et fort, qu’ils voteront Kaïs Saïed lors du second tour de la présidentielle et appellent, par conséquent, leurs adhérents à en faire autant, ils s’attendent à ce que Saïed prenne exemple sur leur geste et leur promettent les six cent mille voix qui l’ont porté au second tour.

Reste à savoir si ce deal tacite ou cette transaction non déclarée aura les chances requises pour aboutir comme l’espèrent ses promoteurs, avec la nécessité de nuancer que Kaïs Saïed se réserve jusqu’ici de répondre aux avances de ceux qui cherchent à le séduire. Que peut-on tirer de son absence de réponse (qu’elle soit positive ou négative) aux convoitises dont lui et ses partisans sont l’objet ?

L’attitude qu’il adopte depuis dimanche dernier en laissant les autres parler en son nom sans les y autoriser officiellement (l’objectif étant de ne pas avoir à assumer les erreurs qu’ils seront amenés à commettre) est de nature à laisser la porte ouverte à tous les pronostics, à toutes les hypothèses, à tous les accords et aussi à tous les compromis.

En attendant, Kaïs Saïed, dont plusieurs analystes n’arrivent toujours pas à saisir les orientations, agit comme un stratège qui maîtrise les règles du jeu et attend l’heure propice pour se prononcer et choisir les forces avec lesquelles il composera au cas où il s’installerait au palais de Carthage pour les cinq prochaines années.

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