La Tunisie a décidé, de façon souveraine, d’entamer avec l’UE les négociations de l’Aleca en 2015. L’objectif de l’accord est l’intégration progressive de l’économie tunisienne dans le marché unique de l’Union européenne afin d’augmenter et de diversifier les exportations du pays, améliorer le climat d’investissement et faciliter les réformes économiques entreprises par la Tunisie.


La Tunisie et l’Europe sont et resteront étroitement liés, par la géographie et l’histoire, mais surtout par les relations humaines qui se sont tissées, par leur échange culturel et les relations politiques et économiques.
La transition démocratique en Tunisie a davantage rapproché notre pays et les pays européens qui partagent désormais les mêmes valeurs et principes de gouvernance. Dans ce nouveau contexte, la Tunisie et l’Europe sont appelées à réformer et renforcer leur coopération, dans un esprit de partenariat, d’équité et du respect des intérêts et besoins mutuels.
Les différents accords politiques et commerciaux entre la Tunisie et l’UE sont des instruments à cette fin. Les deux partenaires ont signé un premier accord de coopération en 1969 et un accord d’association en 1995. Pour compléter et approfondir la zone de libre échange pour les produits manufacturés, conçus à l’époque, Bruxelles et Tunis ont entamé, en 2015, des négociations sur un nouvel accord entre l’UE et la Tunisie, nommé Aleca.
La perspective d’un tel accord suscite des espoirs — une intégration meilleure de la Tunisie dans les marchés européens, une bouffée d’air pour l’économie tunisienne et, structurellement, sa mise à niveau —, mais aussi des contraintes : est-ce qu’une compétition accrue et une plus grande ouverture du marché national pourraient nuire à l’économie tunisienne, surtout dans le contexte de la crise actuelles?

Que couvrira l’Aleca?
L’Aleca est potentiellement un accord ambitieux et utile à la Tunisie, il couvre plusieurs domaines, à savoir: le commerce des services, l’établissement et la protection des investissements, le commerce des produits agricoles, transformés et des produits de la pêche, les mesures sanitaires et phytosanitaires, l’amélioration de la sécurité des produits industriels pour faciliter le commerce avec l’UE, les marchés publics, la transparence des réglementations, les procédures douanières et la facilité des échanges , la politique de concurrence, la propriété intellectuelle, le développement durable et les mesures de défense commerciale.
La Tunisie a décidé, de façon souveraine, d’entamer avec l’UE les négociations de l’Aleca dès 2015. L’objectif de l’accord est l’intégration progressive de l’économie tunisienne dans le marché unique de l’UE afin d’augmenter et de diversifier les exportations du pays, améliorer son climat d’investissement et faciliter les réformes économiques entreprises par la Tunisie. Une priorité particulière devrait être accordée aux mesures qui permettraient de favoriser les investissements européens et internationaux, de faciliter l’intégration au sein du marché unique européen, d’améliorer la gouvernance économique, de lutter contre la corruption, et de renforcer l’intégration économique régionale entre la Tunisie et ses voisins de la rive nord de la Méditerranée.
L’Aleca est un instrument au service du rapprochement entre la Tunisie et l’UE et non pas une fin en soi. Il est un instrument parmi tant d’autres dans le cadre du partenariat privilégié signé en 2012 qui accompagne la Tunisie dans sa démarche vers le progrès et la modernité, et qui comprend la participation au Programme de recherche horizon 2020, les recherches sur le partenariat pour la mobilité et le renforcement de la coopération bilatérale depuis la révolution.
Le but de l’Aleca n’est pas plus de libération mais l’approfondissement à la carte des relations commerciales entre la Tunisie et l’UE. «Le seul avantage des produits tunisiens était de pouvoir être exportés vers l’UE à droit de douane nul. L’Aleca vient compléter cette couverture existante par une intégration progressive à la carte de la Tunisie dans l’économie européenne, en réduisant les obstacles non tarifaires, en simplifiant et facilitant les procédures douanières, en libéralisant le commerce des services choisis par la Tunisie, en assurant la protection de l’investissement et en harmonisant les réglementations dans plusieurs domaines de l’environnement commercial et économique», précise M. Ghazi Ben Ahmed, directeur de l’Initiative Méditerranéenne pour le développement.
Il est probable que s’il est bien négocié par la partie tunisienne, l’Aleca peut vraiment aider à mieux positionner les produits tunisiens sur le marché européen, en particulier pour certains services et l’agriculture. Mais pour mieux avancer dans les négociations et mieux définir les politiques d’accompagnement à mettre en œuvre, «il est nécessaire de conduire des études sérieuses et ciblées sur les tarifs et/ou mesures non tarifaires et/ ou convergence réglementaire et les secteurs concernés».
Comme toute négociation, l’Aleca ne constitue pas une garantie automatique de succès. Sa réussite est liée en premier lieu à l’identification des secteurs qui sont suffisamment ou potentiellement compétitifs pour conquérir le marché européen, mais aussi la volonté politique et la capacité administrative de la Tunisie à mettre en place des réformes et des stratégies de mise à niveau, ainsi que la modernisation des institutions qui constitueront une condition sine qua non afin d’avancer dans le processus d’intégration économique et commercial attendu.

Repenser le modèle de développement agricole
Selon M.Ben Ahmed, «il serait avisé de profiter des 10 ans de répit ( proposé dans le cadre de l’asymétrie de l’Aleca) pour repenser le modèle de développement agricole, trop dispendieux et pas assez efficace. De la recherche à la production, en passant par le financement du secteur agricole, l’appui aux producteurs, la structuration des filières et l’organisation des marchés , tout est à revoir en profondeur, dans le cadre d’une nouvelle politique agricole ambitieuse et concertée». Car il est vital de stabiliser la production nationale, de préserver le capital productif et de sécuriser les approvisionnements.
Et d’ajouter, «il est important que la Tunisie identifie ses besoins et les communique dès que possible. La Tunisie pourrait bénéficier de la longue expérience de l’UE en matière de développement rural».
Concernant le transport maritime et la logistique, ce sont les deux secteurs à réformer en priorité tellement leurs impacts sont importants sur le reste de l’économie. «La logistique est moins développée en Tunisie que les pays ayant un développement économique comparable, elle est également plus onéreuse, et nécessite sa professionnalisation. Il est indispensable que l’action gouvernementale cherche à accroître la participation privée dans la gestion des ports et cherche un partenaire stratégique pour épauler la Stam. Cette privatisation dépasse le cadre de l’Aleca et répond plus à une vision nationale. Toutefois, l’Aleca peut être comme instrument d’accompagnement des réformes à mettre en œuvre».
Par ailleurs, l’expert estime qu’il est souhaitable de réduire les obstacles réglementaires au commerce et à l’investissement dans les secteurs des services et de mettre en œuvre une politique plus hardie concernant les négociations internationales sur les échanges des services.
L’élimination des obstacles transversaux au commerce et à l’investissement, ainsi que la poursuite de la simplification réglementaire contribueraient à la création d’un climat des affaires favorable à l’innovation du secteur privé, tout en réduisant le risque de mauvaise allocation des ressources publiques.

Controverse
Dans le marasme économique que vit la Tunisie depuis la révolution, la question du protectionnisme s’est imposée avec vigueur dans le débat public. En effet, la tentation est grande pour certains de critiquer ou de mettre en question les accords de libre- échange avec le principal partenaire commercial de la Tunisie, l’Union européenne. «Il serait erroné de prétendre que l’on peut atténuer les effets de la récession en isolant la Tunisie du géant commercial européen. L’argument souvent utilisé de fermer les frontières aux produits étrangers pour protéger les industries et les emplois de la concurrence européenne’ notamment, pour répondre aux fortes demandes de soutien formulées par certaines catégories sociales particulièrement touchées par la crise, est illusoire et contreproductif», souligne M. Ben Ahmed.
De plus, l’argument de réduire l’inflation, surtout au niveau des produits agro-alimentaires, par un contrôle des exportations «est néfaste pour le développement économique et social du pays. C’est uniquement par une politique volontaire d’encouragement de l’offre axée sur les exportations qu’un approvisionnement suffisant et continu du marché local pourra se réaliser. Il est donc important d’admettre que la facilitation du commerce est parmi les instruments les plus efficaces du développement économique et social».

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Un commentaire

  1. Nab Chan

    17/11/2019 à 18:58

    L’argument d’ouvrir le marché tunisien à tous les produits européens n’est pas aussi convainquant.
    Tous les produits et bien de consommation finis doivent être taxés à leur entrée sur le territoire Tunisie.
    Bien sur, Ces produits venant de l’Europe et de la Turquie ont participé qu’a l’appauvrissement de nos agriculteurs et industriels, en passant par des licenciements. Les aides et les prêts européens étaient toujours conditionnées par des accords et des contrats, qui sont généralement plus bénéfique pour eux, que pour la Tunisie. Ajoutons que ces importations sont monopolisées par une dizaine de familles tunisienne. Car le droit d’importer certains produits est autorisé que sur licence par l’état. Ce qui a crée des monstres, tel que BenLtaif, qui interviennent même dans la politique de l’état. Ces monstres sont soutenus par les pays européens, comme la France, car ce sont eux les diffuseurs de leur produits. Tandis que les industriels et les autres entrepreneurs sont restés un peu plus au dessus de la classe moyenne, car ne bénéficiant pas de presque aucun soutiens. Le comble, et la contradiction du système, c’est qu’on est presque taxé sur les produits importés dont on ne fabrique pas que celles qu’on fabrique.

    Evidemment, la Tunisie importera des produits de l’Europe, et peut être plus que maintenant. Mais seulement les produits qu’elle ne fabrique pas, comme les machines à outils, les appareils de haute technologie,etc.Mais, elle ne devrait pas importer des produits de consommation alimentaire ou usuel.

    Le numérisation, les technologies actuels pourront donner à la Tunisie plus d’avance, si on saura les utiliser, par les bons ingénieurs et les bon managers. Un décideur
    En effet, l’Open Source, qui est le domaine des logiciels libres est un axe très délaissé par la Tunisie. Malheureusement nos responsables préfèrent payer des licences logiciels trop chers. grâce au système de corruption tacitement autorisé par des responsables. La France et les usa , eux mêmes utilisent des centaines des logiciels libres dans l’administration.
    Ajoutons, les technologies 3D dans l’industrie ; l’Arduino, le raspberry, qui sont tous les deux des mini cartes électroniques capables de manipuler et de concevoir des machines, des robots et des outils. N’oublions pas la technologie du ‘Food Computer’ initié par la MIT, dans le domaine de l’agriculture.

    Que faire alors ? Numérisons avec l’open source vite ! Industrialisons forcée ! Ouvrons nous sur l’Afrique, la Chine et es autres !

    Tout d’abord, il nous faudra créer les structures nécessaires pour mener à bien ces évolutions ; et le plus rapidement possible. Car aucune place pour les pessimistes et les fatalistes dans ce projet. Un organisme nationale pour l’industrialisation et la technologie open source , logiciel et matériel doit être crée et géré par des personnes très compétentes. Il travailleront sur les projets de modernisation, numérisation et industrialisation de la Tunisie.
    Cette numérisation pourra prendre comme premier chantier, celui de l’automatisation des caisses enregistreuses des commerçant et des artisans en créant un système sophistiqué pour pallier à toute fraude fiscale. Aussi les croisement des fichiers nationaux (banques, cnss,etc) pour prévenir les fraudes aussi.

    Car la numérisation sera l’ennemi ultime des corrompus. C’est pour cela ils n’en veulent pas. Et feront tout pour capoter ce projet.

    Et même l’agriculture bénéficiera de cette digitalisation.

    Parallèlement, ouvrons nous sur l’Afrique, et surtout sur les grand pays en nombre de populations (Nigeria,Ethiopie,etc), en y créant nos vrais chaines de distribution de nos produits. Pour cela, il nous faudra des représentations diplomatiques de valeurs dans ces pays, et des relations fortes et amicales. La position de la Tunisie, entre l’Europe, l’Afrique et l’orient est une position idéale pour créer des hup de transport aériens et maritimes aussi.

    Enfin, il n’y a pas que l’Europe dans la vie. Il y a la Chine, la Russie, l’Inde et les autres, qui peuvent être aussi un marché pour nos produits.

    ./.

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