Le barreau a enfin réagi, via le président de la section de Tunis, à l’invasion des plateaux TV et radios par des avocats en tant que chroniqueurs attitrés ayant la science infuse, plus particulièrement dans le domaine juridique, au point que les citoyens ou plus précisément une grande frange des téléspectateurs attendent désormais les interventions ou les éclaircissements de ces mêmes chroniqueurs sur le petit écran pour être édifiés sur la véracité des circonstances entourant l’éclatement d’une affaire quelconque, surtout quand il s’agit d’un différend politique.

L’ordre national des avocats s’est, enfin, rappelé qu’il existe un article dans le décret-loi du 20 août 2011 portant organisation de la profession interdisant aux avocats de participer ou d’animer des programmes médiatiques, de manière périodique, en contrepartie ou sans rémunération.

Ainsi, et en application du rappel à l’ordre lancé par le président de la section de Tunis du barreau, les avocats auxquels les téléspectateurs et les auditeurs se sont habitués, ces dernières années, en tant qu’analystes politiques quotidiens, chroniqueurs éclairant la lanterne des citoyens à un rythme régulier, participant parfois à plusieurs émissions au sein de la même institution médiatique ou invités en leur qualité d’experts, le plus souvent autoproclamés et agréés par les médias qui les emploient, sont désormais interdits de toute apparition médiatique.

Le communiqué de la section de Tunis du barreau précise encore que les avocats contrevenants seront sanctionnés et pourraient être interdits d’exercice pour une période déterminée comme ce fut le cas, il y a quelques années, pour plusieurs visages parmi les plus médiatisés ou connus parmi les vedettes de certaines émissions.

La décision de la section de Tunis du barreau intervient dans une période particulière marquée notamment par la multiplication effrénée des plaidoiries sur les plateaux TV et les radios à propos d’affaires pendantes devant la justice et surtout en l’absence d’autres avocats qui pourraient présenter une opinion contraire ou une approche différente de celles développées par les avocats chroniqueurs ou défendant les intérêts de certains accusés.

Interdire de transférer les débats juridiques sur les plateaux TV et les radios aux dépens des tribunaux, mettre un terme à la promotion médiatique quotidienne dont profitent les avocats attitrés d’El Hiwar Ettounsi, de Hannibal TV ou de Nessma TV, sans oublier les radios privées et les radios nationales et régionales, sur le dos de leurs collègues privés d’apparition médiatique et, enfin, dépolitiser la profession dans le sens que personne n’ignore aujourd’hui que ces avocats abonnés aux TV et radios servent des agendas partisans, toutes ces décisions relèvent d’une prise de conscience, certes tardive, très tardive même, mais méritant d’être saluée puisque constituant, peut-être, le premier pas sur la voie de la moralisation du corps des avocats, lequel corps se doit d’être assaini, à l’instar d’autres corps similaires.

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