« Mate atu he toa, ara mai he toa. Mate atu he tetakura, ara mai he tetakura » (Quand un combattant tombe, un autre se lève. Quand une fougère meurt, une autre nait.). Ce proverbe maori résume parfaitement la lutte de la Nouvelle-Zélande contre la pandémie du nouveau coronavirus.

Fière comme une fougère argentée (« Cyathea dealbata », l’emblème du pays), la Première ministre Jacinda Ardern, s’est réjouie, hier, du succès d’« Aotearoa » (la Nouvelle-Zélande, en maori-Ndr) dans sa lutte contre le SARS-CoV-2.

« Nous avons réalisé ce que peu de pays ont été capables de faire. Nous avons arrêté une vague de dévastation (…). Il n’y a pas de transmission (du virus) généralisée et non détectée en Nouvelle-Zélande.», s’est-elle félicitée. « Nous avons gagné cette bataille », a ajouté l’intrépide femme politique au parcours « sans fausse note » à l’issue de près de cinq semaines de restrictions.

Mise en lumière depuis l’attentat islamophobe commis dans les mosquées de Christchurch, notamment à travers sa légendaire empathie vis-à-vis la communauté musulmane de l’Archipel et sa détermination face au lobby des armes à feu, la cheffe du gouvernement travailliste s’est distinguée encore une fois par une bonne gestion de la crise du Covid-19.

« Frapper fort et frapper vite », telle fut la stratégie de la « Wonder Woman » néo-zélandaise pour éradiquer l’épidémie sur son territoire.

Entre discipline, persévérance et résilience, à l’image des ‘Avants’ des célèbres « All Blacks » (l’équipe nationale de rugby à XV), sous les commandes du ‘Demi d’ouverture’ la Première ministre Jacinda Ardern (leader du « Labor Party ») et du ‘Demi de mêlée’ — son allié au pouvoir — Winston Peters (chef du parti conservateur et protectionniste, « New Zealand Fist »), le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts pour casser la chaîne de transmission du virus et enrayer la dynamique de la contagion.

À partir du 14 mars, alors que le autorités néo-zélandaises ne recensaient que 6 cas de contamination au nouveau coronavirus, Wellington avait placé en quarantaine toute personne arrivant de l’étranger. Cinq jours plus tard, la terre des Maoris fermait ses frontières.

Pendant ce temps-là, alors que le décompte macabre du Covid-19 montait en flèche sous d’autres cieux, le 25 mars, le gouvernement de Jacinda Ardern a mis en place des mesures de « niveau quatre » pour contenir l’épidémie, fermant des écoles, des bureaux et tous les services non essentiels.

Résultats: avec seulement 1.469 cas confirmés, dont 19 morts et 1.180 guérisons — soit 80.8% des personnes infectées —, sur une population de 4.815.380 [d’après les chiffres publiés, hier, sur le site « worldometers.info » qui recense à temps réel les bilans liés au nouveau coronavirus aux quatre coins du globe-Ndlr], les « Kiwis » ont réussi là où d’autres pays (plus riches et plus puissants, tels que le Royaume-Uni et les États-Unis) semblent, pour le moment, échouer.

Mieux encore: le pays affiche l’un des taux de cas de contamination les plus bas pour 100.000 personnes dans le monde et un taux de transmission (qui indique le nombre de fois où chaque personne infectée le transmet à une autre-Ndlr) de moins de 0,48%. La moyenne ailleurs est d’environ 2 à 2,5.

Pour mieux comprendre l’exploit réalisé par les « Kiwis », faisons une comparaison avec leurs voisins, les « Wallabies » (le surnom des Australiens-Ndlr). Jusqu’à vendredi dernier, la Nouvelle-Zélande avait enregistré 16 décès de coronavirus sur 1.451 cas. Elle a, également, effectué 101.277 tests, soit l’équivalent de 21.002 tests par million d’habitants alors que l’Australie a enregistré 75 décès, 6.667 cas et 18.300 tests par million d’habitants. La différence d’approche est plus qu’évidente !

Devant un tel succès, pour la Première ministre, Jacinda Ardern, il était donc temps de passer à une nouvelle étape. Hier, à minuit heure locale, le niveau d’alerte est passé de 4 à 3, permettant un début de déconfinement progressif sous le signe de la prudence et la vigilance.

Aujourd’hui, le retour à la normale « doit se faire lentement et avec prudence », a souligné Mme Ardern. « Je ne prendrai pas le risque de perdre ce que nous avons gagné », a-t-elle averti.

Certes, seules quelques entreprises — celles des secteurs de la construction et de la foresterie — et les commerces non essentiels devraient redémarrer leurs activités, mais pas question pour une ouverture au public des centres commerciaux, encore moins des écrins de culture et du divertissement (salles de cinéma, théâtres, stades, etc.).
Par ailleurs, les restaurants pourront toujours miser sur les « Food delivery services » (services de livraison à domicile) ou carrément vendre des plats à emporter.
En revanche, bien qu’il ait été conseillé aux parents de garder si possible leurs enfants à la maison, la plupart des écoles devraient rouvrir.
Et le plus important: la fermeture des frontières restera en vigueur, tout comme comme l’interdiction de sortie.

Comme le Vietnam, la Corée du Sud, Taïwan, l’Allemagne, Singapore, l’Autriche et le Danemark; la Nouvelle-Zélande nous a donné la preuve que seuls les peuples disciplinés, respectant à la lettre les mesures de « lockdown », les gestes barrières et les règles de la distanciation sociale, peuvent espérer vaincre un virus aussi tenace que le SARS-CoV-2.

Enfin, en s’inspirant dans la culture rugbystique, à l’image des ‘Quatre trois-quarts’ (deux au centre et deux aux ailes) et de l’’Arrière’ de la charnière des « All-Blacks », le peuple néo-zélandais vient de marquer des points aux allures d’un essai (l’action de jeu consistant à aplatir le ballon dans l’en-but adverse-Ndlr) à la fin d’un match âpre et très disputé. Il ne reste plus qu’à botter la balle ovale au dessus de la barre transversale entre les deux poteaux de huit mètres de haut et transformer l’essai victorieux.

A.A.H.


 

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