Une enquête réalisée par l’Institut national de la consommation montre que les Tunisiens jettent à la poubelle environ 900 mille pains, soit l’équivalent de 100 millions de dinars. Vu son prix relativement à la portée, de nombreux consommateurs n’hésitent pas à acheter une grande quantité de pain pour en jeter la moitié à la poubelle. Certains éleveurs l’utilisent aussi pour nourrir leurs animaux.


Plusieurs mesures ont été prises par le ministère du Commerce et du Développement des exportations pour organiser la filière des boulangeries qui a connu au cours de ces dernières années un désordre évident entre les boulangeries patentées et celles qui ne sont pas agréées. Le but étant de toujours servir au consommateur du pain sans grever son budget dans la mesure où le prix du pain n’a pas connu de changement depuis des années. Ainsi, les boulangeries en Tunisie seront exclusivement approvisionnées en matières premières, à savoir la farine et la semoule par les minoteries.

Une telle décision a été prise  dans le cadre d’une révision de l’ancienne décision du 22 juin 2016, régissant l’activité des boulangeries. Il s’avère que cette décision n’est plus adaptée aux nouvelles exigences du secteur. La nouvelle décision stipule, également, l’obligation d’afficher le poids et le prix du pain à la boulangerie avec l’application des cahiers des charges régissant l’activité des boulangeries.

Le doute des consommateurs

Nombreux sont les consommateurs qui doutent du poids du pain et n’hésitent pas à le demander aux boulangers. On a l’impression, en effet, que le poids de la baguette, par exemple, n’est pas conforme au poids légal fixé par les autorités compétentes, à savoir 200 grammes. C’est aussi le cas pour le grand pain qui n’est pas toujours disponible dans les points de vente. A noter que la décision en question intéresse les différentes boulangeries de type A (qui fabriquent le grand pain de 400 grammes au prix de 230 millimes), et aussi les boulangeries de type C, qui fabriquent les baguettes (200 grammes à 190 millimes).

Il s’agit, également, des boulangeries non classées qui produisent du pain dont le poids ne dépasse pas 150 grammes et qui est vendu à des prix libres et celles qui fabriquent, aussi, d’autres pâtisseries. Les boulangers ont le droit de choisir la classe dans laquelle ils veulent travailler. Certains veulent se spécialiser uniquement dans la fabrication du pain normal alors que d’autres optent pour les pâtisseries sous leurs différentes formes.

Cette mesure va impliquer une révision du cadre législatif régissant le secteur des boulangeries, lequel cadre date de 1956 et qui est vraiment dépassé par les événements et la technologie de pointe. L’objectif recherché à travers tous ces changements  est de développer le secteur et l’adapter aux évolutions en plus de la maîtrise des dépenses et l’orientation de la subvention vers les vrais bénéficiaires.

La farine et la semoule exploitées par les boulangeries sont des matières de base subventionnées par l’Etat.

La valeur de la subvention est passée de 730 MD en 2010, à 1.800 MD en 2020. Cette augmentation peut s’expliquer par l’évolution des dépenses et de la consommation et aussi par la hausse du coût de production suite à  l’évolution des prix des produits importés et des intrants sur les marchés internationaux.

La subvention occupe une place de choix

En fait, la Tunisie importe une partie de ses besoins en céréales du marché mondial qui connaît régulièrement des mises à jour des prix pratiqués avec de temps à autre des révisions à la hausse. Ce déficit de la production nationale est devenu structurel et notre pays est tenu, chaque année, même si la production est importante d’importer une partie des céréales de l’étranger pour couvrir le déficit et satisfaire une demande en évolution continue.

A rappeler que les prix de vente du pain au public sont gelés depuis 2008.

Les céréales et dérivés accaparent la part du lion des dépenses de subvention (75%). Dans le cadre de la protection du pouvoir d’achat des citoyens et notamment des catégories à revenu limité, le gouvernement a décidé de maintenir les prix à un niveau acceptable pour tous les consommateurs y compris ceux qui sont aisés financièrement.

Par ailleurs, la contrebande est active dans le domaine des intrants et des matières premières destinées aux boulangers. Certains contrebandiers se débrouillent comme ils peuvent pour faire entrer ces produits dans le pays et les vendre à des prix bas aux boulangeries. Le plus grave est que personne ne sait vraiment la source d’approvisionnement de ces contrebandiers et dans quelle mesure ces intrants répondent aux conditions d’hygiène et de santé. Ce commerce semble juteux et c’est pour cela que l’on a constaté la prolifération de la contrebande, les bas prix des matières subventionnées et leur abondance sur le marché.

Grâce à la subvention, le prix réel d’un grand pain de 400 grammes est de 650 millimes, mais il est vendu à seulement 230 millimes. Le prix pratiqué ne couvre donc pas le coût de production et ne tient pas compte de l’évolution des matières premières sur le marché mondial. Une enquête réalisée en 2015 par l’Institut national de la consommation montre que les Tunisiens jettent à la poubelle environ 900 mille pains, soit l’équivalent de 100 millions de dinars. Vu son prix relativement à la portée, de nombreux consommateurs n’hésitent pas à acheter une grande quantité de pain pour en jeter la moitié à la poubelle. Certains éleveurs l’utilisent aussi pour nourrir leurs animaux.

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Un commentaire

  1. Ali Saada

    22/11/2020 à 10:31

    Il y a tout de même une erreur de taille. 100 millions de dinars pour 900000 pains, ca fait un peu cher l’unité, décrédibilise l’enquête et rend l’article ridicule

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