Le mois d’août a été marqué par une nette accélération des opérations et des saisies douanières, comme l’attestent les données disponibles sur le site de la Douane. A titre d’exemple, les perquisitions ont nettement progressé en un mois, passant de 41 en juillet à 93 en août 2021. A quoi est dû ce constat ? Comment expliquer la hausse de la cadence des opérations douanières ? Cela est-il en liaison avec les événements du 25 juillet ?

La contrebande on en parle tellement jusqu’à ce que les Tunisiens finissent par s’y habituer. Le phénomène n’est pas propre qu’à la Tunisie, mais chez nous le fléau prend jour après jour de nouvelles dimensions.

Dernièrement, l’incident d’agression d’une patrouille douanière par des contrebandiers et par des citoyens laisse croire que ce phénomène est malheureusement enraciné dans le tissu social tunisien et jouit d’un soutien populaire. Il suffit de rappeler que suite à chaque arrestation d’un contrebandier la foule prend d’assaut les postes de police et de la Garde nationale. Il n’en demeure pas moins que les conséquences économiques de telles activités illégales sont désastreuses sur l’économie nationale. Certaines études attestent que jusqu’à la moitié de l’économie nationale repose sur des activités hors des circuits reconnus.

En effet, à Sidi Bouzid, alors qu’elle effectuait une ronde dans la région de Ouled Manser Chakhar, une patrouille relevant de l’unité de la Garde douanière de Sidi Bouzid a été agressée par des contrebandiers. Selon la Douane, après la saisie d’un camion chargé de pneus, des trafiquants ont jeté des pierres sur la patrouille et ont agressé l’un des agents qu’ils ont blessé à la main, lui ont déchiré l’uniforme et l’ont menacé de mort. Informée, la Douane a déposé plainte auprès du parquet contre les agresseurs et a tenu à rendre hommage à son agent blessé. Un incident qui n’est pas malheureusement isolé dans la mesure où ce genre d’agressions est devenu fréquent et les contrebandiers, notamment dans les gouvernorats frontaliers, font régner parfois leur loi à la population, ce qui rend la tâche de la douane et des équipes sécuritaires encore plus difficile.

Sauf que, récemment, le rythme des opérations anticontrebandiers s’est nettement accéléré. Il ne se passe pas un jour, voire une heure, sans que l’on annonce une saisie de marchandises, de véhicules ou même de pneus et d’animaux destinés à la contrebande. Perquisitions, descentes dans les entrepôts et dans des domiciles, arrestations de contrebandiers, importantes saisies de marchandises, les douaniers et les agents de la Garde nationale sont sur le front de la guerre.

Lundi dernier, et ce n’est qu’un exemple, la brigade marine de la douane de Sousse, en collaboration avec l’unité douanière maritime de La Goulette, a fait une descente dans une ferme et un atelier dans une région de Nabeul où il a été procédé à la saisie de yachts et d’équipements marins. La saisie intervenue dans le cadre de la lutte contre la contrebande, suite à des renseignements parvenus aux services compétents, porte sur 36 jet ski, 18 yachts, 3 quads et 06 moteurs marins, sans documents attestant leur légalité, indiquait la douane dans un communiqué paru sur sa page Facebook officielle.

Un lien avec le 25 juillet ?

Le même jour, la douane tunisienne annonçait la saisie d’importantes quantités de cannabis, au niveau de l’aérogare de fret de l’aéroport Tunis-Carthage. 1.097 plaques de cannabis de 22 kg étaient, ainsi, dissimulés dans quatre colis importés d’un pays étranger dans une spectaculaire opération antistupéfiants. Quelques jours avant, les agents de la douane étaient parvenus à saisir d’importantes quantités de tabac, de prêt-à-porter, de montres, ainsi qu’une somme d’argent, d’une valeur totale de 416 mille dinars. 

Bref, ces actions et ces opérations de lutte contre la contrebande n’en finissent pas ces derniers temps et les saisies douanières sont devenues de plus en plus nombreuses. D’ailleurs, les services de la Douane ont réussi au cours des 7 premiers mois de 2021 à réaliser un chiffre record de revenus douaniers : environ 4.700 millions de dinars, soit un taux d’évolution positif d’environ 19% par rapport à la même période en 2020. 

85,4 millions de dinars d’amendes ont été récupérés, soit une augmentation d’environ 119%. Près de 13 millions de dinars de devises étrangères et tunisiennes de contrebande au cours des trois dernières semaines ainsi que de grandes quantités de stupéfiants dont 383 pilules de stupéfiants, 27 kg de cannabis et de marijuana et 18,2 kg de cocaïne ont également été saisis.

Quelle explication ?

Ce dernier mois d’août a été marqué également par une nette accélération des opérations et des saisies douanières comme l’attestent les données disponibles sur le site de la Douane. A titre d’exemple, les perquisitions ont nettement progressé en un mois, passant de 41 en juillet à 93 en août 2021. A quoi est dû ce constat ? Comment expliquer la hausse de la cadence des opérations douanières ? Cela est-il en liaison avec les événements du 25 juillet ?

Pour le colonel-major Haythem Zaned, porte-parole de la Douane tunisienne, les récentes performances de la Douane sont expliquées par de nouvelles stratégies sécuritaires, notamment en matière de lutte contre la contrebande et les crimes organisés.

« Rien n’a changé, ou presque », explique-t-il, sauf qu’une nouvelle stratégie a été mise en place, avec un service de renseignements efficace et des mécanismes modernes et plus performants.

Qu’en est-il des événements du 25 juillet ? Pour le colonel Zaned, ces évènements ont également eu un impact positif sur le moral des agents douaniers et ont contribué en partie à les encourager pour venir à bout de la contrebande.

Des pertes colossales

En dépit de ces prouesses remarquables, la Tunisie fait face au danger de la contrebande étroitement liée au trafic de drogue et au terrorisme, puisqu’il s’agit de mêmes circuits. En effet, la Tunisie n’a pas fini de pâtir d’une croissante prolifération de la contrebande, au point que certains gouvernorats et régions comme Ben Guerdane, Kasserine ou encore Sidi Bouzid sont devenus le fief  de l’économie informelle dans le pays.

Le principal danger étant que ce type de commerce favorise une concurrence déloyale qui peut amplifier les distorsions au détriment du secteur formel qui paye les droits et les taxes et emploie des salariés conformément aux lois en vigueur. Cela aussi est à l’origine de pertes de recettes fiscales pour l’Etat, sans compter les risques qui pèsent sur la santé des consommateurs. En 2020, des chiffres officiels révélaient que la contrebande et le commerce informel engendrent pour l’Etat tunisien des pertes de 1,2 milliard de dinars dont 500 millions de dinars en taxes douanières.

Khalil JELASSI

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