Pendant le week-end dernier, trois jeunes se sont fait arrêter dans la région de Gabès, pour avoir réalisé un graffiti à l’effigie de Omar Abidi, noyé dans un canal sans l’intervention de la police qui aurait pu le sauver. Pourtant, ces jeunes ne prônaient pas la violence, mais exprimaient, à leur manière, leur solidarité avec la famille du défunt et pour que justice soit enfin rendue.

Jamais les supporters de football, tous clubs et régions confondus, n’ont été aussi unanimes pour condamner la mort, dans des circonstances tragiques et douteuses, de l’adolescent Omar Abidi, qui s’est noyé dans un canal sans l’intervention de la police qui aurait pu le sauver. Depuis le slogan «taallem oum» (apprends à nager) et «Omar inchallah fel Jenna» (Omar, que Dieu t’accepte dans Son paradis), sont scandés dans les stades, et il faut le dire détestés par les agents de police. La mort très suspecte de Omar Abidi est devenue pour ces jeunes le symbole de ce qu’ils ressentent comme une «répression policière» et, à tort ou à raison, le symbole de la défiance à l’égard du pouvoir.

Mais au lieu de contenir cette colère d’une jeunesse par définition hostile à l’autorité, la police est dans une fuite en avant qui risque d’exacerber le sentiment d’injustice chez une jeunesse en perte de repères. Pendant le week-end dernier, trois jeunes se sont fait arrêter dans la région de Gabès, pour avoir réalisé un graffiti à l’effigie de Omar Abidi. Pourtant, ces jeunes ne prônaient pas la violence, mais exprimaient, à leur manière, leur solidarité avec la famille du défunt et pour que justice soit enfin rendue.

À chaque problème, l’autorité oppose une solution sécuritaire, les mandats d’arrêt et les privations de liberté fusent. Pourtant, les sociologues, les politiques et les ONG spécialistes de la jeunesse le répètent sans cesse, l’approche sécuritaire n’a jamais donné de résultats probants même pendant le régime autocrate de Ben Ali.

Un graffiti ! Et alors ? Est-ce un danger pour la société ? Au contraire, pour un jeune, exprimer, par les mots, la photo, le graffiti est une manière d’exorciser ses sentiments enfuis. Les autorités devraient au contraire se saisir de ces bouteilles à la mer pour mieux comprendre la frustration de notre jeunesse. Une jeunesse qui a été écartée des politiques publiques ces dernières années, et qui ne se sent pas concernée par une quelconque transition démocratique. Une jeunesse qui, d’ailleurs, n’a connu que l’ère post-révolution.

En mars dernier, la police a même arrêté nos confrères du site d’enquêtes Nawaat, alors qu’ils couvraient simplement une marche à la mémoire de Omar Abidi.

La réconciliation entre les jeunes et la police — puisque c’est de cela qu’il s’agit — doit s’opérer sur des bases saines. Il est important, comme le disent d’ailleurs l’ensemble des observateurs, que chacun rende des comptes de manière individuelle. Les auteurs des violences dans les stades ne représentent finalement qu’une infime partie des supporters des clubs. Au même titre, du côté de la police, ceux qui commettent des bavures et des crimes ne méritent aucunement leurs uniformes, et les policiers honnêtes, qui effectuent leur travail, combattent le crime et veillent vraiment à la sécurité des personnes, doivent se désolidariser des criminels.

L’agitation de la jeunesse tunisienne est une partie de l’expression du sentiment de frustration de la société tunisienne. Le statu quo dans lequel nous enferme le système actuel qui n’a jamais été affecté ou inquiété par un certain 25 juillet 2022 ne bénéficie à personne. Le tsunami social pourrait tout emporter sur son passage.

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