L’entreprise autrement: Tourisme, Bizerte mérite mieux (III)

1,692

Avec ses plages envoûtantes, ses forêts, ses montagnes, ses deux lacs dont un est inscrit sur la liste du patrimoine naturel de l’Humanité (Le Lac Ichkeul), ses riches zones agricoles, ses villages au riche patrimoine culturel, ses sites archéologiques dont les médinas et les ruines bien conservées de la première ville punique de Tunisie, Bizerte et sa région méritent nettement mieux côté promotion et développement en vue de devenir une destination touristique à part entière.

Bizerte est aussi connue pour sa bonne et riche cuisine traditionnelle, son amour pour la poésie, le théâtre, la musique et les chants classiques traditionnels (à caractère spirituel et romantique) et plein d’autres atouts dont les sports nautiques et bon nombre de manifestations culturelles très intéressantes.

Ville-martyre, donc labellisée ville pour la Paix, Bizerte bénéficie d’une importante présence de l’Armée nationale, ce qui la rend plus sûre. Une présence qui ne constitue aucun obstacle au développement du tourisme dans la ville et ses alentours, contrairement aux idées reçues, comme nous l’a assuré un professionnel de la région.

Malgré tous ces avantages et ces atouts, la région peine à se forger une identité touristique pouvant l’aider à mieux se positionner sur l’échiquier de l’offre touristique et est, hélas, restée un peu à l’écart de la dynamique propre au secteur. Cela ne pourrait jamais l’aider à devenir une destination touristique à part entière.

Bizerte semble souffrir, en effet, d’un déficit chronique en matière d’attraction des investissements de tous genres. Selon des spécialistes bizertins, les enfants de la région investissent un peu partout dans le pays, mais rarement chez eux. Idem pour l’attitude des habitants qui semblent réfractaires à la culture touristique, toujours selon ces mêmes spécialistes.

C’est comme si elle manque de confiance en elle-même et que sa mémoire est encore surchargée par les terribles images de l’ultime bataille du peuple tunisien contre la machine de guerre de l’occupant français. Ladite tragédie pourrait pourtant servir de plateforme à un tourisme très lucratif, le tourisme de mémoire, et ce, en concevant des produits de grande qualité, inspirés de ces tristes événements.

Disons encore une fois que le problème majeur dans toutes les régions sous-exploitées, et même parfois à l’échelle nationale, réside dans l’absence ou la faiblesse du produit touristique et para-touristique. C’est comme l’on exporte du diamant brut sans aucune valeur ajoutée.

Il s’agit là, il faut bien le souligner, des conséquences directes de l’absence d’une vraie volonté politique et de l’engagement de la société civile.

La destination Bizerte doit donc bénéficier d’une solide et sérieuse mise à niveau et à tous les niveaux (infrastructures de base, ordre, entretien, propreté, hygiène et services performants de santé, de médecine et de chirurgie, jardins publics, parcs de loisirs…). Et elle doit se doter d’un grand musée.

Elle doit, donc, bénéficier d’une vraie stratégie de développement et s’offrir ainsi la création d’un bon Organisme de gestion de destination (OGD-DMO).

Selon des professionnels et des experts, le problème majeur de Bizerte et sa région réside dans le fait qu’elles ne bénéficient pas d’un vrai plan d’aménagement touristique, à l’instar d’autres régions et ne figurent pas ou presque sur le tableau de bord des tour-opérateurs. Selon eux, la région est tout simplement reléguée aux oubliettes.

Mettons pour notre part à l’index l’absence ou la faiblesse du produit touristique et par ricochet de la faiblesse de la pertinence de toute action à caractère mercatique (de marketing). Notons, ici, que l’on ne pourrait pas parler de stratégie marketing lorsque le produit n’existe pas ou quand il est faible et mal défini.

Renforcé par la richesse culturelle de la région et les sports nautiques, le tourisme balnéaire peut se développer tout en évitant les erreurs commises par les décideurs ayant lancé ce genre de tourisme il y a une soixantaine d’années, dont le confinement des touristes dans les hôtels puis la formule du tout compris (All inclusive).

Bizerte et sa région pourraient, donc, devenir une destination privilégiée pour le tourisme alternatif avec une large gamme de produits bien ficelés et un grand pôle de tourisme pour familles. Il s’agit de mettre le paquet en termes de structures d’hébergement s’adaptant bien à ce genre de tourisme, tout en veillant à multiplier les manifestations culturelles authentiques propres à chaque localité.

De cette situation aberrante, Bizerte et sa région continueront de souffrir tant que des plans, programmes et autres mesures ne sont pas conçus et mis en œuvre le plus tôt possible. Avec le processus de construction du nouveau pont enclenché, nous pouvons espérer que la ville pourra mieux attirer visiteurs et investisseurs. Le nouveau pont lui évitera, selon sa conception, tous les dérangements, les désagréments et les aléas dus au pont actuel. (A suivre)

Laisser un commentaire