Encore une petite réflexion sur le temps qui fuit —— et qui «fût» ou «sera», pour chaque génération—. Ce temps relativisé par Einstein, et qui devient même futile quand on l’emploie à toutes les sauces! Le temps des regrets ou de la nostalgie, de l’amour et de la poésie— celui de Lamartine devant son lac «Ô temps suspends ton vol/Et vous heures propices suspendez votre cours!». Le temps de la peinture, et ses modes d’emploi et de style, d’une époque à l’autre pour faire «moderne» à répétition, sur le marché de l’art international. Le temps de la «Recherche du temps perdu» que Proust distillait au compte-gouttes à longueur de phrases et de centaines de pages du côté de chez Swann (On prononçait alors : «Décevant», pour casser les pieds au professeur). Le temps du théâtre, des drames anciens, des tragiques comme des vaudevilles, et de la comedia del arte, dont Madame La Mairesse de Tunis ne veut plus entendre parler. La belle affaire pour la Bonbonnière et sa troupe de vieux saltimbanques aujourd’hui (presque) disparus…

Mais il est vrai que le temps ne fait rien à l’affaire, et aux affaires des impudents et des opportunistes, car c’est le temps des élections qui se joue à trois ou quatre cartes, et dont il faudrait retrouver les gagnants à coups pas vraiment sûrs ! Mon ami me dit que, dans ces conditions, pas conventionnelles pour un sou, il faudrait plutôt aller faire courir, sur leurs équidés, les concurrents  du côté de l’hypodrome de Ksar-Saïd, pour avoir le cœur net sur le tiercé qui rapportera, dans l’ordre, le palais de Carthage, la Kasbah et le Bardo…

A l’heure où l’on vit le temps du désordre — depuis neuf ans déjà ! —, il s’en est passé des choses dans ce petit pays à la merci des vents mauvais qui le turlupinent et d’une mouvance qui a fait main basse sur toutes ses richesses, y compris sur l’enfance et la jeunesse qui lui serviront d’énergies précieuses le moment venu.

Et ce moment, ce temps des «attendus» y est presque.

En effet, les enfants de nos enfants qui avaient à peine neuf ou dix ans, au déclenchement de la Révolution, sont devenus de jeunes adolescents d’une vingtaine d’années. Ces jeunes, selon leurs origines et leurs milieux de vie, ne sont plus tout à fait les mêmes que leurs prédécesseurs. Ils auront grandi dans le trouble et la disparition progressive des valeurs sociales, au profit d’une culture — plutôt d’un culte — religieuse tronquée, et forcée pour les aguerrir.

Jean-Jacques Rousseau disait : «Tel peuple est disciplinable en naissant, tel autre ne l’est pas au bout de dix siècles». Et d’ajouter en parlant de l’époque de Pierre le Grand : «Les Russes ne seront jamais vraiment policés, parce qu’ils l’ont été trop tôt. Pierre avait le génie imitatif : il n’avait pas de vrai génie, celui qui crée et fait tout de rien (…) il a vu que son peuple était barbare, il n’avait point vu qu’il n’était pas mûr pour la police». Mais qu’il fallait plutôt l’aguerrir ! Et nous, qu’allons-nous faire après ces élections. Ignorer le temps qui passe?

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