Une occasion propice pour discuter des problématiques et des enjeux économiques, comme les équilibres financiers, le chômage, la justice sociale, les entraves à l’investissement, mais aussi pour proposer des recommandations pour la relance économique dans la période à venir.


Après son lancement officiel au mois d’août dernier, l’initiative ECON4Tunisia, qui regroupe une soixantaine d’experts économiques tunisiens, vient de démarrer un cycle de rencontres mensuelles « ECON4Tunisia Conferences », pour mettre l’accent sur la question économique. Ce premier cycle qui s’étendra sur une durée de 6 mois, soit jusqu’au mois de juin 2020, permettra de réunir périodiquement des économistes avec des acteurs de la société pour débattre des questions économiques du pays. Le premier rendez-vous mensuel a été tenu, hier à Tunis, sur le thème « Et si on revenait à l’économie : les défis économiques post-élections », et ce, en présence de plusieurs experts économistes et universitaires, en l’occurrence Hakim Ben Hammouda, Elyes Jouini, Abderrazak Zouari, l’ancien président du Conseil d’analyse économique Afif Chelbi, la membre du conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie Leila Baghdadi et l’ancienne présidente du syndicat patronal l’Utica, Ouided Bouchamaoui.

La question économique au cœur du débat
S’exprimant sur le thème de la rencontre, Hakim Ben Hamouda a affirmé que le défi majeur post-élections réside dans la capacité de concevoir une vision économique sur le long terme, qui de surcroît soit claire et définie. « Le grand problème aujourd’hui, c’est qu’on n’est pas capables de définir et d’élaborer une vision économique. Il est vrai que durant la période post-révolution,il y a eu une progression des libertés, notamment d’expression. Cependant, on n’était pas capables d’élaborer une vision économique globale qui nous permette de réaliser la croissance et les performances économiques des années 60, 70, 80 et 90 qui ont été le résultat des choix économiques auxquels se sont adossées les grandes politiques d’alors », a souligné Hakim Ben Hamouda dans une déclaration aux médias. Et d’ajouter que les gouvernements qui se sont succédé après 2011, se sont contentés de résoudre les problèmes conjoncturels, sans pour autant mettre en avant une vision en matière de grandes politiques économiques sur le long terme. « Cet état des lieux a induit une situation économique floue. Bien entendu, ceci est également tributaire de la situation politique par laquelle passe le pays.

Les difficultés rencontrées pour faire des coalitions politiques ou des programmes politiques d’ampleur, se sont répercutées sur la situation générale du pays », a-t-il affirmé.
En ce qui concerne le diagnostic économique de la crise, les intervenants ont abordé plusieurs sujets, notamment l’absence de réformes structurelles et de politiques de croissance, le secteur informel, le marché du travail ainsi que les risques de désindustrialisation et de désinvestissement qui planent sur l’économie.
Pour Afif Chelbi, le vrai problème c’est qu’il y a une confusion entre le conjoncturel et le structurel. Il a fait savoir, dans ce sens, que l’exécutif ne peut faire face aux bouleversements vécus qui sont d’ordre économique et social avec une administration dans un état de délabrement. Ce constat a été partagé par l’ancien ministre Abderrazak Zouari, qui a mis l’accent sur l’absence totale de réformes structurelles, soulignant dans ce même contexte que les politiques budgétaire et monétaire sont des politiques de correction conjoncturelle et non pas des politiques de croissance. Par ailleurs, Chelbi a appelé à une politique contractuelle réunissant les secteurs privé et public dans le cadre du Partenariat Public Privé, tout en mettant en exergue l’importance du dialogue sociétal entre les deux syndicats des travailleurs et des patrons pour instaurer un climat de paix sociale.

Rompre avec la politique économique dirigiste et verticale
Intervenant sur les problèmes rencontrés par le secteur privé, Ouided Bouchamaoui a précisé qu’il est impératif de réfléchir, de manière urgente, à une vision globale, compte tenu de l’instabilité économique et du creusement des inégalités auxquelles fait face le pays actuellement. A cet égard, elle a mis l’accent sur l’impératif de décupler les efforts pour lutter contre le secteur informel au lieu de pénaliser les entreprises structurées en alourdissant la pression fiscale qui leur est exercée. Dans ce même contexte, Leila Baghadadia est intervenue pour souligner la nécessité de capitaliser sur la réussite des champions nationaux qui existent dans les divers secteurs économiques, compte tenu de leur forte contribution dans la création de l’emploi et d’une manière plus générale de la valeur ajoutée.

S’exprimant sommairement sur les recommandations issues de cette rencontre, Elyes Jouini a mis l’accent sur l’impératif de changer la conduite de la politique économique. «On ne peut plus conduire une politique économique d’une manière dirigiste et verticale. Il est très important de concevoir une politique économique dans le cadre d’une concertation entre les différents acteurs impliqués, notamment les deux grandes centrales, l’Utica l’Ugtt, et les grands partis de manière à ne pas établir un consensus mais à trouver des points d’accord et construire une feuille de route sur cette base », a souligné Jouini dans une déclaration à La Presse. Et d’ajouter « en se basant sur ces points d’accord, le gouvernement doit conduire sa politique en faisant des lettres de missions précises aux différents ministres de façon à ce que le gouvernement et les ministres deviennent responsables de cette feuille de route et qu’on puisse auditer leurs actions. En d’autres termes, la politique ne peut pas se contenter d’être un lieu de discours. Il faut qu’elle contribue, aussi, à l’élaboration des visions et qu’ensuite elle permette de rendre des comptes par rapport à la mission qui lui est donnée », a affirmé Jouini.

Par ailleurs, l’ancien ministre a souligné qu’il vaut mieux travailler sur la libération de l’innovation. « Il faut que l’on arrête d’être dans une logique protectionniste. Si on ne libère pas l’innovation, on va avoir une politique qui va se recroqueviller sur elle-même et qui va préférer le secteur du commerce à celui de la création de valeurs et de l’industrie. Cela se produirait au détriment de la dynamique économique du pays », a souligné Jouini. Il a également affirmé que la question de la justice sociale est extrêmement importante, indiquant que la politique fiscale peut être un élément clé pour instaurer la justice sociale. Il a précisé, à cet effet, que ce travail doit se faire avec l’adhésion de la majorité des parties prenantes afin de mobiliser la population sur un projet créateur de richesse.

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