Des intermédiaires proposent aux automobilistes de prendre en charge les voitures qui passent la visite technique soit d’une manière légale en présentant le véhicule en question aux services de ces centres, soit en tissant des relations avec les responsables de ces centres pour effectuer cette visite d’une manière illégale.

L’arbre qui a caché la forêt, c’est exactement le cas de l’accident dramatique d’Amdoun ayant coûté la vie à trente jeunes à la fleur de l’âge. Vingt jours après, il continue à mettre à nu des tristes réalités qui ne peuvent qu’attrister encore plus les citoyens, déjà choqués par cette tragédie. Qu’il s’agisse des structures hospitalières défaillantes incapables de faire face à de telles situations, du réseau routier qui ne cesse de nourrir les craintes des automobilistes ou encore de l’organisation de ces voyages et excursions touristiques qui semblent échapper totalement à toute sorte de contrôle administratif, en dépit de l’existence d’un cadre légal.

Récemment, le ministre du Tourisme, de l’Artisanat et du Transport par intérim, René Trabelsi, toujours en relation avec l’accident dramatique le plus grave dans l’histoire du pays, a fait une révélation plus qu’inquiétante portant sur le système de contrôle des véhicules en Tunisie, connu plus communément sous l’appellation de visite technique. En effet, Trabelsi a révélé, lors d’une séance d’audition à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) tenue récemment pour auditionner des responsables gouvernementaux quant au drame d’Amdoun (Béja), survenu, rappelons-le, le 1er décembre dernier, de graves dépassements enregistrés au niveau de ces visites.

En effet, le ministre révèle dans ce sens l’existence d’un certain nombre de garages situés à proximité des centres de visite technique, où des pneus, des rétroviseurs, voire des moteurs entiers et différentes autres pièces de rechange peuvent être loués avant le passage à la visite technique. Une fois celle-ci effectuée, le véhicule revient à son état initial et ces pièces sont rendues aux propriétaires de ces garages hors la loi. « C’est ce qui fait que certains véhicules ou bus des agences de voyages obtiennent les certificats de la visite technique en dépit de leur état déplorable », a-t-il noté.

Et d’expliquer que compte tenu des prix élevés des véhicules de transport occasionnel, les agences de voyages sont dans l’incapacité de renouveler leur parc auto, ce qui contribue à la dégradation de l’état des bus dont elles disposent. A cet effet, le ministre a proposé des solutions pour le renouvellement du parc, soit en leur permettant d’importer des véhicules, soit d’en acquérir auprès des concessionnaires tunisiens selon la formule du leasing.
A cet effet, le ministre a appelé à plus de sévérité en matière d’application de la loi concernant ces dépassements qui sont commis au vu et au su de tous et qui sont la cause, dans certains cas, de drames de ce genre.

Corruption et dépassements

Le ministre du Transport par intérim a mis le doigt sur la plaie. Ces centres de visite technique, à l’instar de plusieurs autres secteurs et structures, font l’objet de plusieurs soupçons de corruption. En Tunisie, les contrôles des véhicules pour obtenir le certificat de « visite technique » indispensable pour pouvoir circuler sont effectués dans les 29 centres gérés tous par l’Agence technique des transports terrestres répartis sur tout le territoire, et ce selon le choix du propriétaire du véhicule. Parmi eux, cinq grands centres sont situés dans le Grand Tunis, notamment à l’Ariana et Ben Arous, où quotidiennement plusieurs centaines de voitures et de véhicules passent les tests nécessaires pour obtenir ce certificat.

Ces centres, bien qu’ils couvrent tout le territoire du pays, souffrent de plusieurs problèmes, dont notamment la question de l’encombrement qui a multiplié le nombre de ce qu’on appelle les intermédiaires des centres de visite technique. L’ancien ministre du Transport, Radhouane Ayara, avait indiqué, dans ce sens, que 30% des clients des centres de visites techniques sont des intermédiaires.
« Le renforcement du phénomène des intermédiaires s’explique par les problèmes auxquels font face les centres de visite technique, notamment l’encombrement et les longues files d’attente causés par la saturation de ces centres et le vieillissement des équipements », a-t-il affirmé.

Ces intermédiaires ne sont autres que des individus qui proposent aux automobilistes de prendre en charge le passage des voitures à la visite technique soit d’une manière légale en présentant le véhicule en question aux services de ces centres, soit en tissant des relations avec les responsables de ces centres pour effectuer cette visite d’une manière illégale. Dans ce cas de figure, le véhicule obtient le certificat alors qu’il présente plusieurs dysfonctionnements. Selon nos informations, d’autres cas de corruption encore plus graves continuent à être commis dans certains centres du Grand Tunis. Ainsi, l’automobiliste n’a même pas à se déplacer vers ces centres pour effectuer la visite technique, il lui suffirait de présenter la carte grise du véhicule, son permis de conduire et une somme d’argent pour obtenir le certificat à distance par le biais d’un réseau de trafic impliquant certains agents de ces centres.

Rappelons dans ce sens qu’en 2018, le directeur du centre de visite technique d’El Baten, dans le gouvernorat de Kairouan, deux agents de ce même centre ainsi qu’un intermédiaire ont été arrêtés pour falsification de documents. D’autres agents avaient été démis de leurs fonctions dans les centres du Grand Tunis, toujours dans le cadre de ces soupçons de corruption.

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