C’est finalement l’ancien ministre du Tourisme et des Finances, Elyes Fakhfakh, qui a émergé du lot et a été désigné par le chef de l’Etat Kaïs Saïed pour former le prochain gouvernement. Proposé par Tahya Tounès, soutenu par d’autres partis et critiqué par certains acteurs de la scène politique, Elyes Fakhfakh peut « aisément » assurer une ceinture politique à son équipe gouvernementale en vue d’obtenir la confiance du Parlement, car autrement on se dirige bel et bien vers la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple et la tenue d’élections législatives anticipées.

Alors que d’autres partis l’ont soutenu, à l’instar du Courant démocratique, Elyes Fakhfakh est le principal candidat du parti Tahya Tounès, représenté pourtant au Parlement par seulement 14 députés. Pourquoi Kaïs Saïed l’a-t-il choisi alors que d’autres candidats bénéficiaient d’un soutien politique encore plus important ? Qui soutient Elyes Fakhfakh et qui lui accordera sa confiance ? Sur quelle base va-t-il former son gouvernement ? Les échos qui parviennent du Palais de Carthage laissent croire que le choix est tombé sur cet ancien ministre des Finances car il représente vraisemblablement ce qu’on appelle le courant révolutionnaire et incarne les principes et surtout les objectifs de la révolution dont notamment l’économie solidaire et la dimension sociale de l’Etat.

Encore faut-il rappeler que, fait politique rarissime, on a confié la formation du gouvernement à un parti qui n’est pas représenté au Parlement et qui a échoué aux récentes élections législatives. Reste à savoir si Elyes Fakhfakh coupera le cordon omblical avec son parti Ettakattol ou s’il préservera cette casquette politique. Il est utile aussi de rappeler dans ce sens qu’après la révolution, il a rejoint Ettakatol démocratique pour le travail et les libertés et conduit la campagne électorale du parti en 2011. Il a été élu président du conseil national du parti lors de son troisième congrès en 2017.

En tout cas, la désignation de cet ingénieur de formation à la primature a encore une fois divisé la scène politique déjà tendue. Alors que tout laisse présager que son gouvernement parviendra à obtenir la confiance du Parlement dans les délais constitutionnels, c’est-à-dire d’ici un mois, des voix commencent à s’élever pour remettre en cause le choix de Kaïs Saïed.
C’est notamment le cas de Qalb Tounès, de la Coalition Al-Karama et du Parti destourien libre. Toutes ces formations politiques ont émis des réserves quant à la désignation de « l’ancien ministre de la Troïka ». Dans ce sens que la première réaction de Qalb Tounès a implicitement critiqué ce choix qui « ne représente pas la volonté des électeurs tunisiens ». En effet, le député de ce parti, Oussema Khelifi, a estimé que ce choix ne correspond pas aux résultats des élections législatives dans la mesure où c’est un parti sans aucune représentativité à l’ARP qui est chargé de la formation du gouvernement. « A quoi bon faire des élections ? », s’est-il interrogé même s’il précise que son parti exprimera, à l’issue d’une réunion, sa position définitive à cet égard.

« Le lourd héritage de la Troïka »

Toujours dans le cadre des réactions politiques « hostiles » à la désignation d’Elyes Fakhfakh à la primature, le Parti destourien libre a sévèrement critiqué ce choix estimant même que cette personnalité politique serait l’une des causes de l’effondrement de l’économie nationale à l’ère de la Troïka. C’est la présidente du parti, Abir Moussi, qui a tenu ces propos, affirmant que le « PDL ne votera pas pour le gouvernement du ministre de Hamadi Jebali ». La Coalition Al-Karama s’est également montrée contre la désignation de Fakhfakh pour former le gouvernement. D’ailleurs, son fondateur Seifeddine Makhlouf est allé jusqu’à dire que «ni son poids électoral ni celui de son parti ne justifient sa nomination. Son parti n’est pas représenté à l’Assemblée et les voix qu’il a obtenues à l’élection présidentielle anticipée 2019 ne peuvent pas en faire la personne la mieux indiquée », a-t-il conclu.

En dépit de ces positions contre le gouvernement Fakhfakh, ce dernier devrait bénéficier d’un important appui politique contrairement à son prédécesseur Habib Jemli, dans la mesure où Ennahdha, le Courant démocratique, le Mouvement du peuple et Tahya Tounès ont approuvé ce choix, en attendant la formation du gouvernement. D’ailleurs, le porte-parole du mouvement Ennahdha, Imed Khemiri, a réagi à la désignation de Elyes Fakhfakh en indiquant que son parti ne s’y oppose pas. « Nous avons déjà travaillé avec Elyes Fakhfakh dans le cadre du gouvernement de la Troïka et nous n’avons aucune réserve sur sa désignation pour former le prochain gouvernement », a-t-il affirmé lors d’une déclaration accordée à la chaîne nationale.

Il a, à cet effet, rappelé que son parti tiendra une réunion pour exprimer officiellement sa position sur cette désignation. Elyes Fakhfakh s’est en effet assuré un soutien de taille quelques heures après sa désignation en tant que chef du gouvernement. Outre celui du parti d’Ennahdha, il s’agit de ceux du Courant démocratique, du Mouvement du peuple et de Tahya Tounès. Ghazi Chaouachi, député du Courant démocratique et président du Bloc démocratique à l’ARP, a déjà annoncé les intentions de son groupe parlementaire, à savoir que son parti soutiendra le chef du gouvernement désigné, Elyes Fakhfakh. Même son de cloche pour le Mouvement populaire, dont le dirigeant Zouhaier Maghzaoui a également exprimé sa satisfaction, après la désignation d’Elyes Fakhfakh, un des noms qu’il a proposés à Kaïs Saïed, précise-t-il.

Appels à la démission

Mais reste à savoir que deux partis politiques, même s’ils ont ouvertement soutenu Elyes Fakhfakh, l’ont appelé à démissionner d’Ettakatol pour assurer un meilleur appui politique à son gouvernement. C’est le cas du Courant démocratique et de Tahya Tounès dont certains dirigeants ont appelé le nouveau chef du gouvernement désigné à quitter son parti pour être équidistant de toutes les autres forces politiques.  Accorder ou refuser la confiance au gouvernement d’Elyes Fakhfakh dépendra, en tout cas, de la composition du gouvernement et de son programme.

En tout cas, Elyes Fakhfakh, sitôt désigné, a entamé ses concertations, hier, portant sur la formation du gouvernement. Le premier invité à Dar Dhiefa à Carthage était le professeur de droit constitutionnel Jawhar Ben Mbarek, qui devra être, de nouveau, impliqué dans ce nouveau processus.
La Présidence de République a annoncé lundi soir que le chef de l’Etat Kaïs Saïed a désigné l’ancien ministre Elyes Fakhfakh pour former le prochain gouvernement « dans les plus brefs délais ».
Elyes Fakhfakh, reçu lundi soir par le président de la République, s’attellera à la formation d’un gouvernement dans un délai d’un mois non renouvelable selon l’alinéa 3 de l’article 89 de la Constitution et devra proposer la composition du gouvernement devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) pour obtenir la confiance, ajoute le communiqué.

Cette désignation intervient, rappelons-le, au terme d’une série de consultations écrites menées par le président de la République avec les partis, les blocs parlementaires, les coalitions à l’ARP et d’entrevues avec des responsables des plus importantes organisations nationales ainsi que de certaines personnalités désignées au poste de chef de gouvernement.

 

(crédit photo : Abdelfettah BELAÏD)

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