«Il s’agit de promouvoir la vaccination contre la grippe dans cette période de circulation du coronavirus, au niveau de l’individu qui va être protégé contre la grippe. A l’échelle de la population, le vaccin contre la grippe saisonnière va faciliter la prise en charge globale en cas d’infection au coronavirus», explique le Pr Hechmi Louzir, directeur général à l’Institut Pasteur de Tunis.

Une rencontre-débat a eu lieu, mardi 22 septembre 2020 vers 10h00 dans un hôtel de Tunis, entre différents experts scientifiques et les médias pour aborder la question de la vaccination contre certaines maladies à l’orée de la saison hivernale. D’emblée, la diffusion d’une vidéo-projection donne le ton de l’événement et sensibilise sur les gestes barrières à adopter au plus fort de l’épidémie du coronavirus en Tunisie. Fait insolite, dans la salle, chaque siège est séparé de l’autre pour respecter la distance d’un mètre au plus fort de l’épidémie.

Des professionnels de la santé et des représentants du ministère de la Santé sont venus informer l’opinion publique au sujet de la campagne de prévention contre la grippe. «Le prix du vaccin, qui sera commercialisé début octobre, devrait rester le même que celui pratiqué les années précédentes», a affirmé un responsable du ministère.

Un lot de 310.000 vaccins qui sera réparti sur les 24 gouvernorats de la République est prévu. Il y aura des quotas pour une distribution équitable. Dans ce cadre, le Pr Jalila Ben Khlil, du département de réanimation médicale à l’hôpital Abderrahmane-Mami, a véhiculé de nombreux messages importants, comme celui de «démystifier le fait que la Covid tue davantage car la grippe est une maladie tout aussi mortelle» ou chasser les préjugés contre les supposés  bienfaits des antibiotiques sur la fièvre qui nécessitent une prescription médicale en toute circonstance. Elle rajoute que le numéro d’appel du Samu (service des ambulances) 190 auquel les gens recourent en masse n’est pas un numéro vert, mais réservé uniquement aux urgences !

Par la suite, des interventions remarquées encouragent la vaccination antigrippe dans le projet de lutte contre la Covid-19. A ce sujet, le Pr Hechmi Louzir répond à La Presse au sujet de la promotion de la vaccination contre la grippe dans un contexte marqué par la recrudescence de la Covid-19. Il affirme : «Il s’agit de promouvoir la vaccination contre la grippe dans cette période de circulation du coronavirus à deux niveaux pour une raison très simple. Au niveau de l’individu qui va être protégé contre la grippe, s’il contracte les deux virus, il y aura une forme compliquée. Le recours au vaccin va le protéger et permettre de réduire la mortalité en cas de double infection. A l’échelle de la population, notamment de la gestion de la crise du coronavirus, le vaccin contre la grippe va faciliter la prise en charge globale en cas d’infection au coronavirus».

Concernant la possibilité de se faire vacciner qui émane du patient et qui nécessite au préalable, tout comme les médicaments, une ordonnance médicale, le Pr Louzir précise : «Le médecin peut rappeler à son patient qu’il doit se faire vacciner et c’est possible de le faire aussi bien dans le secteur public que privé. Il va y avoir une campagne de sensibilisation du ministère et des directions de santé de base qui vont aller vers les régions».

Le recours aux pharmacies sera possible pour trouver le vaccin antigrippal «pour un maximum de personnes». Dernier point au sujet de la vaccination, tôt ou tard, contre la Covid-19 en Tunisie, le Pr Louzir estime que c’est le rôle de la Commission scientifique de lutte contre le coronavirus qui suit le développement de la situation et prend les décisions justes et nécessaires. «Cette commission a le rôle de suivre l’état d’avancement des recherches dans le domaine de vaccination contre le coronavirus et d’estimer les besoins actuels au cas où il y a une vaccination à l’échelle mondiale efficace, d’étudier le mécanisme de son efficacité et de positionner la Tunisie parmi les pays qui vont bénéficier du vaccin le jour où il sera disponible».

Petit moment de malaise dans la salle lorsqu’un intervenant est venu critiquer la gestion actuelle de la Covid-19 en Tunisie. Il affirme : «L’Union européenne et l’Organisation mondiale de la Santé vont vous aider parce que les fonds et les moyens matériels existent pour contrecarrer la pandémie. Pourquoi ne pas agir avec une stratégie claire ? On n’est pas performant à ce niveau. Ce n’est pas un problème financier, mais un problème de vision et de volonté».

Au sujet de la lutte anti-Covid-19 et de la gestion de la crise sanitaire, une interrogation adressée au Pr Louzir au sujet de l’arrêt de la recherche du vaccin par un laboratoire britannique a permis d’apporter un éclairage intéressant.

En effet, il s’est avéré qu’au stade trois de la recherche, des effets secondaires graves sur des animaux ont été observés, ayant conduit à l’arrêt de la recherche… Mme Lilianne Mariline, représentante de l’Unicef, manifeste son inquiétude quant à la recrudescence des cas de coronavirus en Tunisie dans un contexte spécial, en encourageant les citoyens à adopter les gestes simples  et gestes-barrières. «L’Unicef tire la sonnette d’alarme. Personne n’ignore l’impact sur les familles vulnérables et les enfants touchés par cette situation de crise. Ce ne sont pas seulement les causes directes qui inquiètent, mais le manque de soins de santé et moyens de base qui sont les causes indirectes. La santé physique et mentale de l’enfant et les problèmes liés à la violence fragilisent les enfants».

Promotion du vaccin antigrippe

Les personnes à risque, qui doivent nécessairement recourir à la vaccination contre la grippe ont été listées : les femmes enceintes, les personnes âgées, les enfants âgés de 0 à 5 ans, les patients atteints de maladies chroniques, telles que le diabète ou cardiaques et le personnel de santé en contact avec les malades dans les hôpitaux notamment. Les chiffres traduisent 80.000 cas de syndromes pseudo-grippaux en moyenne par an en Tunisie, alors que les consultations sont en baisse et le seuil épidémique est de 7%.

Dans son exposé sur «Les caractéristiques sociodémographiques et cliniques des SARI virales hospitalisées en réanimation», le Pr Jalila Ben Khlil parle des SARI d’origine grippale, bactérienne et Covid. L’homme est plus vulnérable à la grippe, tandis que la femme enceinte par exemple a une vaccination absente. «La plupart des sujets ne sont pas vaccinés, bien qu’ils présentent des formes graves de pathologies», poursuit-elle. La vaccination contre la grippe est très faible et devrait se faire tout autant sur les femmes. Le Pr H. Louzir affirme que «le vaccin contre la grippe ne protège pas contre le coronavirus, mais les symptômes sont analogues. On peut contracter le virus de la grippe et le coronavirus, ce qui accroît le risque de mortalité».

L’obésité et le diabète sont des facteurs de risque. En conclusion, il faut recourir au vaccin contre la grippe dans un contexte aggravé par la crise sanitaire.

Le ministre de la Santé, Faouzi Mehdi, venu appuyer l’événement, lance un message solennel aux médias afin de respecter scrupuleusement l’information à diffuser dans cette situation confuse et complexe liée à la Covid-19. La situation épidémiologique «demeure sous contrôle», a-t-il affirmé. Il rajoute que la prévalence élevée du coronavirus dans le pays est sans équivoque avec une tendance haussière alarmante qui nécessite l’augmentation de la capacité d’accueil des hôpitaux en lits de réanimation. Il a annoncé, également, qu’un nouvel hôpital universitaire à Sfax sera transformé en un centre national de prise en charge et de traitement des patients de la Covid-19.

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