Les effets de la crise sanitaire sont encore vécus par les professionnels du secteur touristique et notamment par les hôteliers qui sont encore à la croisée des chemins, malgré les dispositions prises par l’Etat pour alléger leurs charges afin d’entamer la haute saison du bon pied.

La malédiction ébranle le secteur touristique, l’un des piliers de l’économie tunisienne, depuis l’avènement du Covid-19. Les hôteliers, dont certains sont surendettés, ne peuvent plus honorer leurs engagements envers leurs fournisseurs et leurs salariés à cause du manque de liquidités. Malgré les dispositions prises par le gouvernement en vue d’alléger un tant soit peu les charges des hôteliers et des métiers liés au secteur du tourisme, la situation n’a pas beaucoup changé à tel point que certains professionnels ont été obligés de mettre au chômage technique une partie du personnel. Confinement général oblige, suite à la propagation du Covid-19, les autorités publiques ont été contraintes de fermer les frontières terrestres, maritimes et aériennes pour éviter une propagation rapide du coronavirus.

Cette décision a eu des effets graves sur de nombreux secteurs dont ceux du tourisme, du transport et de l’artisanat. Même les restaurants et les cafés ont payé cher les effets de la pandémie d’autant plus qu’ils ont été invités, durant une certaine période, à ne pas installer les chaises ni les tables. Cette mesure n’a pas été appréciée non plus par ces professionnels qui ont rapidement manifesté leur refus, exigeant le retour à la normale dans les plus brefs délais pour pouvoir compenser les pertes subies.

Quelques millions de moins

D’ailleurs, selon les chiffres disponibles, les recettes touristiques ont chuté à 1,9 milliard de dinars à la date du 10 décembre, contre 5,3 milliards de dinars à la même date en 2019, en baisse de 64%, indique la Banque centrale dans son dernier rapport. Pourtant, les professionnels du secteur étaient ambitieux avant l’avènement du coronavirus, croyant que le tourisme tunisien avait repris ses activités à un rythme rapide. Tous les atouts étaient disponibles pour relancer le secteur après les attentats terroristes du Bardo et de Sousse et la levée des restrictions des pays émetteurs qui considèrent que la Tunisie est un pays sécurisé où il est possible de séjourner en toute sécurité.

Mais le Covid-19 a mis les affaires relevant du secteur du tourisme et des métiers annexes sens dessus-dessous. Les hôteliers n’arrivent plus, en effet, à faire des bénéfices conséquents car les touristes se font rares et plusieurs unités sont pratiquement vides. En collaboration avec le ministère de la Santé, certains hôteliers ont mis à la disposition de ce département leurs unités pour abriter les personnes en quarantaine infectées par le coronavirus. Mais cette initiative ne peut pas régler un problème qui perdure d’autant plus que plusieurs hôteliers sont surendettés et ont besoin urgemment d’argent pour payer leurs fournisseurs et leurs employés.

Le secteur de l’artisanat, que l’on a tendance à oublier, a souffert lui aussi de cette situation de crise et les artisans n’arrivent plus à vendre leurs objets fabriqués et entassés dans leur échoppe en attendant des jours plus cléments qui verront l’arrivée massive des touristes de toutes les nationalités comme au bon vieux temps.

Des problèmes structurels à résoudre

Mais le problème du tourisme tunisien ne se limite pas uniquement au choc sanitaire du Covid-19. Le diagnostic approfondi du secteur montre que des problèmes structurels touchent, depuis des années, les professionnels qui ont toujours fait face à une difficulté d’accès au financement vu la réticence des banques. Lancé juste après l’indépendance, le secteur de l’hôtellerie a participé dans une large mesure à dynamiser la vie économique, contribuant à la croissance d’une année à l’autre. Des milliers de postes d’emploi ont ainsi été créés dans plusieurs régions du pays et notamment dans les villes côtières qui connaissent une densité des hôtels toutes catégories confondues.

L’Etat disposait même d’unités hôtelières qu’il gérait de main forte. Au fil des ans, les pouvoirs publics se sont désengagés de ce secteur concurrentiel et les privés ont pris la relève. Mais la qualité de service s’est dégradée progressivement malgré le recrutement de nouveaux cadres et agents pour étoffer les équipes. En plus, le manque de maintenance et d’entretien a obligé le ministère du Tourisme à revoir le classement de certaines unités. Enfin, les hôteliers se sont endettés sans penser qu’un choc sanitaire puisse se produire les empêchant de rembourser leurs crédits aux échéances convenues. Toutes ces lacunes ont fragilisé le secteur, appelé à se relever et à réaliser de nouveau des performances.

Maintenant, du côté des professionnels et du ministère de tutelle, on pense à l’après-Covid-19 pour relancer un secteur en berne. L’un des axes fondamentaux de la stratégie mise en place est de prospecter les marchés prometteurs qui peuvent fournir un nombre important de touristes à pouvoir d’achat élevé pour non seulement payer le transport et le séjour, mais aussi acheter des produits d’artisanat. L’attraction des touristes de différentes cultures et nationalités ne peut se faire que par la diversification des produits comme le sport, la plaisance, la culture et les monuments historiques, l’environnement et le spectacle. Un intérêt devrait être donné également au tourisme de troisième âge et des jeunes qui ont des besoins spécifiques. Les propriétaires des unités hôtelières sont appelés également à effectuer, au besoin, une opération de grande envergure de lifting  pour être enfin prêts à accueillir les touristes au cours de la haute saison qui se caractérise habituellement par une arrivée massive des touristes dans nos murs.

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