Les pénuries des produits alimentaires risquent-elles de se poursuivre au cours de la période à venir ? C’est à cette question que des représentants de diverses filières agroalimentaires ont apporté des éléments de réponse, lors d’un webinaire intitulé « Pourquoi la pénurie des produits de base se poursuit ? ».

Organisé par l’Iace, le mercredi 18 janvier, le débat en ligne intitulé «Pourquoi la pénurie des produits de base se poursuit ? » était l’occasion pour des représentants de diverses filières agroalimentaires de mettre sur la table la pléthore de problèmes que traînent comme un boulet divers systèmes de production agroalimentaire et de proposer des pistes qui permettront de contrer les risques de rupture d’approvisionnement ainsi que l’effondrement de ces filières.

La filière du lait souffre…

Intervenant sur le sujet de la pénurie du lait observée sur le marché depuis plusieurs mois déjà, Kamel Rejaïbi, directeur général du Groupement interprofessionnel des viandes rouges et du lait (GivLait), est revenu sur les raisons qui ont conduit à cette situation difficile dans laquelle se trouve le secteur laitier.

Selon l’intervenant, la filière est victime de chocs exogènes, en l’occurrence la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine, mais, aussi, a dû subir de plein fouet les conséquences de la succession des années de sécheresse (depuis 2019). Alors que tous les indicateurs laissent augurer une crise qui pointait le bout de son nez, la vapeur n’a pas été inversée et « c’est la prise de décision qui manquait », a affirmé Rejaïbi. « Nous appelons à une augmentation des prix de manière objective », a-t-il remarqué.

Faisant le parallèle avec le marché européen, Rejaïbi a souligné que la moyenne des augmentations des prix du lait à la production a atteint les 44% en Europe, expliquant que cette hausse est due à la flambée des prix des intrants agricoles. Le directeur général du Givlait a, en outre, fait savoir que cette situation qui  perdure a contraint, aujourd’hui, les agriculteurs qui vendent à perte à abandonner l’élevage laitier, une activité risquée et boudée par les jeunes issus des milieux ruraux. « Il faut encourager les jeunes à se tourner vers cette activité pour freiner l’exode rural », a-t-il ajouté. 

Se préparer pour le mois de Ramadan

Interrogé sur le risque potentiel de pénurie des pâtes durant le mois de Ramadan prochain, Mohamed Rekik, directeur général du groupe « La Rose Blanche », a répondu que la situation est « grave si on ne prend pas le taureau par les cornes ».

Il a appelé, en ce sens, à augmenter les quotas de blé alloués aux minotiers à hauteur de 100 mille quintaux pour chaque catégorie de blé (dur et tendre) afin de leur permettre de disposer de stocks de 10 jours de production, pour faire face à la demande en pâtes alimentaires qui va croître de 3.500 à 4.000 tonnes au cours du mois saint, caractérisé par la hausse de la consommation. « Si on entame le mois de Ramadan avec zéro stock, on va avoir un manque de pâte qui sera même aggravé par la peur de pénurie qui pourrait s’emparer des consommateurs », a-t-il argumenté. Et d’ajouter que les impayés de l’Etat auprès des producteurs de pâtes et des minotiers s’élèvent à 200 millions de dinars, affirmant que certaines unités de production risquent de mettre la clé sous le paillasson. Rekik a aussi souligné que la capacité de production inexploitée des unités de production s’élève à 30 % voire 40%.

Pour l’industriel, une augmentation des prix des pâtes de l’ordre de 700 millimes par kilo peut résoudre les difficultés financières du secteur et permettre à l’Etat de régler les subventions impayées. 

Agir sur le moyen et le long termes 

De son côté, Rafii Zarrouk, directeur des achats au sein du groupe « Poulina », a indiqué que les pénuries sont devenues un problème structurel, étant donné la nouvelle donne économique qui rompt avec la notion de globalisation sur laquelle reposent les stratégies d’approvisionnement dans la plupart des pays du monde. « Dans les pays développés, les nouvelles stratégies qui ont fait leur apparition à partir de 2020 visent à augmenter le taux d’intégration pour que chaque pays assure son autosuffisance», a-t-il indiqué. 

Il a ajouté que si la Tunisie ne met pas en place des stratégies, en ce sens, sur le moyen et le long termes, les problèmes d’approvisionnement risquent de s’aggraver. Il a, en outre, expliqué que les prix internationaux seront affectés par la sortie de la Chine du confinement et la mise en branle de son économie. 

Thouraya Tabassi, vice-présidente de l’Organisation de défense du consommateur, a, pour sa part, appelé à adopter les solutions adéquates et prendre les mesures nécessaires pour préserver les filières et les systèmes de production et à ne pas faire peser ces coûts sur le consommateur.

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