Qui pourrait en vouloir aujourd’hui à Zouhair Maghzaoui, Salem Labiadh, Samia Abbou, Issam Chebbi ? Qu’ont-ils de commun hormis qu’ils sont tous confrontés à la menace de la contamination par le coronavirus? Que de questions qui resteront en suspens et auxquelles aucune réponse n’est susceptible d’apporter les explications convaincantes. Un assassinat politique pourrait toutefois servir d’alibi pour mettre en péril la souveraineté de l’Etat. Une intrigue de plus qui pourrait avoir un lien avec les récentes menaces, mais au fait qui sont les marionnettistes?

Démembrés et retranchés dans les montagnes et ayant subi un revers cuisant ces dernières années,  les groupes terroristes cherchent par tous les moyens de refaire surface et fomenter des attentats au moment où les efforts des unités militaires et sécuritaires se trouvent concentrés sur des questions inhérentes à l’application des mesures prises par l’Etat dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, notamment le confinement sanitaire obligatoire et le couvre-feu.

Semer le chaos et profiter de l’instabilité

La résurgence ces derniers jours des menaces terroristes à l’encontre des députés du Mouvement Echaâb, Zouhair Maghzaoui et Salem Labiadh, ainsi que la parlementaire Samia Abbou, dirigeante au parti du Courant démocrate, et Issam Chebbi, du parti El Joumhouri, ne peut témoigner que d’une application à la lettre d’une stratégie théorisée par les groupes terroristes consistant à installer un sentiment de peur pour créer ensuite une situation de chaos qui constitue l’espace vital du terrorisme.

Le timing a été bien choisi puisque ces menaces coïncident avec les déclarations des ministres de l’Intérieur et de la Santé se rapportant à la gravité de la situation qui prévaut dans le pays. Quoi de mieux pour les groupes terroristes que de voir des citoyens s’écrouler devant les hôpitaux et un Etat impuissant à faire face à la pandémie et à la grogne des ventres vides pour passer à l’action comme ce fut le cas juste après la révolution de 2011. Tout commence par des actes de vandalisme perpétrés par des repris de justice qui se sont mués très rapidement en takfiristes, comme nous l’affirme une source sécuritaire.

La même source ajoute que des mouvements suspects ont été enregistrés autour de quelques grandes surfaces commerciales en préparation à un éventuel passage à l’acte. Par ailleurs, les experts du terrorisme le confirment: les takfiristes sont en majeure partie et à l’origine des délinquants repêchés par des imams radicalisés dans les mosquées et quartiers populaires. L’un des kamikazes de l’opération perpétrée dernièrement aux Berges du lac à proximité de l’ambassade américaine a été impliqué dans une affaire de vol.

Traqués dans les quatre coins du monde et affaiblis après la mort de Abou Bakr Al-Baghdadi, les groupes terroristes s’accrochent toujours au mythe du Califat. Ils sont en mode stand-by et n’ont pas été rayés de la carte. Le grand nombre des éléments takfiristes qui se trouvent derrière les barreaux ou en liberté dans notre pays n’est pas à sous-estimer si on tient en considération leurs familles et les cellules dormantes, ou encore les «loups solitaires» qui agissent en solo. Ceci sans compter leurs sympathisants issus de partis ou coalitions politiques islamistes.  

En Tunisie, les prouesses des forces spécialisées dans la lutte antiterroriste qui se sont soldées par l’élimination de plusieurs dirigeants appartenant à la fraction terroriste Katiba Okba Ibn Nafaâ (section Al-Qaïda au Maghreb islamique, Aqmi), la mise en échec d’opérations terroristes planifiées pour le ramadan et le démantèlement des cellules d’enrôlement et d’embrigadement attestent de la bonne santé de nos services et la réussite d’une stratégie de lutte portée vers l’anticipation et le renseignement. Une stratégie qui a porté ses fruits en dépit des attentats-suicide qui ont pris de court les services spécialisés. Toutefois, il ne faut pas dormir sur ses lauriers, vu la situation difficile qui prévaut dans le pays sur tous les plans.

A qui profite le crime?

Le doute plane toujours sur la crédibilité des menaces proférées à l’encontre des politiques précités. L’absence de points communs entre certaines personnes visées tant sur le plan de l’appartenance idéologique  que les déclarations à l’égard de la question religieuse ne fait qu’embrouiller encore plus toute analyse susceptible de lever le voile autour des vraies raisons qui se dissimulent derrière le choix des politiques ciblés ou plutôt la révélation de telles informations.

Certes, les services du département de l’Intérieur ne peuvent aller au-delà de la divulgation des noms des personnes menacées et fournir de plus amples informations pour ne pas perturber les enquêtes en cours et saper le travail effectué en matière de renseignement, mais  faisons attention à l’intox et à la manipulation par la peur et aux discours alarmistes qui ne présagent rien de bon et peuvent conforter la position des groupes terroristes, car comme le souligne Machiavel: «Celui qui contrôle la peur des gens devient le maitre de leurs âmes».  

Ainsi, à la peur de la contamination par le coronavirus s’ajoute la peur d’un acte terroriste visant les politiques. Seuls les islamistes, en majeure partie, ne sont pas dans le collimateur des terroristes, ce qui les place, selon le comité de défense sur le banc des accusés, comme ce fut le cas lors de l’assassinat de Chokri Belaid puis de Mohamed Brahmi. Aussi bizarre que cela puisse paraître, aucune menace  ne pesait sur ce dernier. Il a fallu juste ce document succinct de quelques lignes dans lequel la CIA met en alerte les services de notre pays autour d’un plan d’exécution du député en question par des éléments salafistes pour réaliser qu’il y a eu bel et bien menace sur la personne de  Brahmi.  

Qui pourrait en vouloir aujourd’hui à Zouhair Maghzaoui, Salem Labiadh, Samia Abbou, Issam Chebbi ? Qu’ont-ils de commun hormis qu’ils sont tous confrontés à la menace de la contamination par le coronavirus? Que de questions qui resteront en suspens et auxquelles aucune réponse n’est susceptible d’apporter les explications convaincantes. Un assassinat politique pourrait toutefois servir d’alibi pour mettre en péril la souveraineté de l’Etat.

A intervalle de temps, de pareilles menaces à l’égard de personnalités politiques ressurgissent comme pour rappeler que rien n’a été fait depuis l’assassinat de Belaid et Brahmi. Comme ce fut le cas aussi pour les 19 lettres contenant des substances toxiques qui étaient destinées en mars 2019 à des personnalités publiques dont Nouredine Taboubi, Bouali Mbarki (Ugtt), Raoudha Labidi, présidente de l’Instance nationale de lutte contre les trafics des personnes, Hamza Balloumi, Naoufel Ouertani, Mohamed Boughalleb  et Maya Ksouri. Le ministre de l’Intérieur à cette époque, Hichem Fourati, a chargé l’Unité nationale contre les crimes de terrorisme de Gorjani de l’enquête. Une intrigue de plus qui pourrait avoir un lien avec les récentes menaces, mais au fait qui sont les marionnettistes?

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